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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 13:27

 

 

OBJET D’ÉTUDE : Le personnage de roman du XVIIe s à nos jours

 

Problèmatiques :

Comment se construisent les personnages ? (Brodeck, L’Anderer)

+ quelle vision du monde ? (les camps ; la Seconde Guerre Mondiale ; etc)

 

 

 

Etudes d’ensemble : - le personnage de Brodeck et son histoire

- le personnage de l’Anderer et son histoire

- Les autres personnages (du Village, surtout)

- une vision des camps dans le roman

 

Pour plus de détails, si nécessaire, le plus simple est de renvoyer à www.lcomloth.over-blog.com s’y trouvent, entre autres, les questions qui ont permis la préparation de chaque lecture analytique, suivies d’un compte-rendu détaillé.

 

Lectures complémentaires (voir porte-vue) : L’évolution du personnage de roman, à travers des extraits de texte allant du Moyen Âge au Nouveau Roman

 

Extraits de romans : Yvain ou le chevalier au lion de Chrétien de Troyes ; La princesse de Clèvesde Mme de La Fayette ; Les liaisons dangereusesde Choderlos de Laclos ; René de Chateaubriand ; Le cousin Pons de Balzac ; Le Rouge et le Noir de Stendhal ; Madame Bovary de Flaubert ; Du côté de chez Swann de Proust ; Voyage au bout de la nuit de Céline ; L’Espoirde Malraux ; Le hussard sur le toit de Giono ; La modification de Butor.

 

Supports documentaires complémentaires signalés :

 

-pages du manuel Magnard se rapportant à l’objet d’étude

- Le personnage de roman du Moyen Âge à nos jours

- DVD du CRDP Bretagne : l’auteur parle lui-même de son livre (et cela change tout)

 

Activités :

- poursuite d’un blog pédagogique : www.lcomloth.over-blog.com(Rubriques « Le Rapport de Brodeck » ; « Philippe Claudel aux Rencontres Goncourt » )

 

- Lecture d’un roman classique :  

 

LECTURES ANALYTIQUES :  

 

 

LE RAPPORT DE BRODECK DE PHILIPPE CLAUDEL

( Étude d’une œuvre intégrale )

 

 

  1. Chap I : L’incipit : du début (p.11) à « Oui, je dirai l'Ereigniës » (p.13)

 

  1. Chap IX : Le choix du pendu et la Zeilenesseniss : de « Au bout du chemin et au bout de ma course, il y avait l’entrée du camp » (79) à « Die Zeilenesseniss : « la Mangeuse d’âmes ». » (82)

 

  1. Chap VII : L'arrivée de l'Anderer (à travers le témoignage de Gunther Beckenfür) : de « Il pouvait être cinq heures, cinq heures et demie ... » (p.60) à «  « oui, un magnifique pays … » » ( 64 ).

 

  1. Chap XXXI : L'apologue des Rex flammae : de « Alors ? » finit-il par dire. » ( 274) à « L’unique morale qui prévaut, c’est la vie. Seuls les morts ont toujours tort. » » (276)

 

  1. Chap XXXIV : Le vernissage : de « C’était peut-être sa manie des romans qui faisait que Diodème regardait toujours dans la doublure des mots … » (324) à « ils révélaient des vérités qu’on avait étouffées. » (326)

 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 13:25

extrait de Renéde Chateaubriand ( XIXe siècle – romantisme )

 

 

 

Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades? Les sons que rendent lespassionsdans le vided'un coeur solitaireressemblent au murmure que les ventset les eauxfont entendre dans le silence d'un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.


L'automne me surprit au milieu de ces
incertitudes: j'entrai avec ravissementdans les mois destempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuageset des fantômes, tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussaillesqu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyreoù il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur leton consacré aux soupirs.


Le jour je m'égarais sur de
grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie! une feuille séchéeque le ventchassait devant moi, unecabanedont la fumées'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la moussequi tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une rocheécartée, un étang désert où le joncflétri murmurait! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le ventde la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régionsinconnues que ton coeur demande."


"Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le
visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.

 

Nature sentiments héros romantique

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 13:24

Extrait de René de Chateaubriand

Présentation : René, le personnage éponyme (qui ressemble à Chateaubriand) raconte sa vie au vieux Chactas : enfance triste dans le château paternel, avec sa sœur Amélie (proche de Lucile, la vrai sœur de François-René) ; voyages en Italie, Grèce, Angleterre. De retour en France, sa sœur l’évite, et va même jusqu’à se retirer au couvent (car elle l’aime … trop).

Solitude et ennui ; tenté par le suicide ; ne sait pas quoi faire de sa vie émigre en Amérique, adopté par la tribu des Natchez, y rencontre Chactas.

 récit autobiographique ( besoin de s’analyser et de se dire ; annonce les Mémoires d’Outre-Tombe)  illustre les ravages du « vague des passions » chez un jeune homme solitaire qui n’a pas l’appui de la religion analyse et exprime le mal-être de toute une génération (=> grand succès)

 

 

I/ Une forte présence de la nature , omniprésente dans le texte

 

- Monde civilisé s’oppose à l’idéal romantique : prive l’homme du contact avec la nature, source 1èrede son inspiration, lieu idéal où s’exprime pleinement son moi, communion avec le monde.

 

- plongée du héros dans un cadre naturel rythmé par les saisons ; saison préférée : l’automne => temps de la mélancolie, de la nostalgie, des tempêtes correspond au tourbillon des émotions ressenties par le héros romantique : inquiétude, désir vague et bouillant (un(e) ado, quoi !...), attente du destin, tourments du cœur

 

 sentiment de fusion avec ce type de nature (propice à la solitude : on ne sort pas dehors pendant une tempête ou une bourrasque, sauf quand on est Breton !...)

 

II / Plusieurs sentiments évoqués (registre lyrique)

 

- « foules de sensations fugitives » ; « incertitudes » ; sentiments difficiles à exprimer (par le personnage ; mais que l’écrivain exprime pourtant …)

- sentiment de bonheur (« ravissement ») ou se mêlent fureur guerrière et humilité du pâtre (adepte d’un bonheur simple et innocent)

- rêverie, appel du voyage, de l’exotisme ; tentation de l’inconnu

- sentiment de solitude non pas abattement, mais exaltation : sentiment de puissance physique (cf dernières lignes)

 

III / L’incarnation du héros romantique

 

- cœur solitaire, vide en apparence, mais passionné, exalté

- exalté au milieu d’une nature pourtant hostile pour tout autre homme (qui ne connait pas Guy Cotten)

- « visage enflammé », chevelure ébouriffée

- habité par des sentiments contradictoires (exaltation et mélancolie ; tourment et puissance ; triste bonheur)

- rêveur inspiré aux sentiments extrêmes

- être à part, qui puise sa vérité au fond de son cœur, dans un puissant rapport à l’intimité

- chant triste, mais naturel (« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

J’en connais d’éternels qui sont de purs sanglots. » (Musset)

 

I/ Une forte présence de la nature

 

II / Plusieurs sentiments évoqués ( registre lyrique)

 

III / L’incarnation du héros romantique

 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:10

Pistes d'étude :

 

è Des portraits révélateurs

 

- è des êtres : visions des hommes ( = plusieurs personnages importants du récit)

 

è des lieux ( = plusieurs lieux marqués par une histoire particulière ds le récit )

 

è = des « clés de lecture » pour mieux comprendre le récit ?

 

I/ Ce que les tableaux révèlent des personnages

 

1)      Le choc émotionnel qui engendre la révélation

 

-  B éprouve un vertige, se sent mal : « je chancelais, ma tête tournait » (11) è sensation de vertige. Repères  habituels bouleversés. Remise en question, découverte brusque, trop rapide. Un nvel horizon s'ouvre. Mystères révélés d'un coup provoque un choc.

- Accumulations, énumérations qui évoquent à quel point ces tableaux expriment une multitude de choses, et résonnent en B (cf les accumulations concernant les portraits  14-24). C'est cette avalanche de révélations qui provoque le vertige.

- Ponctuation expressive : => « Et puis il y avait les paysages ! » (29) mis en valeur car 1ère phrase du paragraphe et tournure orale (bcp d'oralité ds ce passage comme dans l'oe entière qui incite le lecteur  à croire ce que B nous raconte car ressemble à un témoignage qui se fait sous nos yeux, spontané...),

Diodème est dans le même état (c'est lui qui a incité B à regarder autrement les tableaux : cf les 1ères phrases de l'extrait) : « pétrifié ». Il a fallu que je dise 3 fois son nom pour qu'il se détourne un peu et me regarde » (59-61). Face à son propre suicide à venir...

 

2)      Une « lecture » particulière des tableaux

 

« doublure des mots » « imagination qui court » (2-3)

Pt de vue, regard différent et les tableaux deviennent vivants. Les sujets des verbes d'action sont les tableaux, donc immobiles et muets.

=> ils bougent : « les paysages se mirent à s'animer » (8) ; ils parlent : « et les visages racontèrent les secrets racontèrent les secrets et les tourments.... » (8-10)

Pt de vue différent : « si on inclinait un peu la tête pour le regarder en biais, on s'aperçevait alors » (44-45), « pour peu qu'on fronce un peu les paupières » (50) « si on le regardait un peu ce gauche » (13-14) / « si on le prenait un peu de droite » (16). Ces 2 points de vue s'opposent géographiquement (gauche / droite) et sur le plan de l'interprétation : « Göbbler visage d'un homme souriant, aux yeux lointains, aux traits paisibles » (14-15) / « les mêmes lignes fixaient les expressions de la bouche, du regard du front dans un rictus fielleux, une sorte d'horrible grimace, hautaine et cruelle » (16-19)

Opposition entre le lexique valorisant (adj) et dévalorisant. Registre épidictique (éloge et blâme)

 

3)      Ce qui est révélé

 

Tableaux révèlent l'horreur des âmes des villageois : « les portraits agissaient comme des révélateurs merveilleux qui amenaient à la lumière les vérités profondes des êtres » (25-28). L'adj « merveilleux » évoque une réalité qui n'est pas la nôtre, une autre dimension de la réalité. Ces tableaux ont une sorte de pouvoir magique, surnaturel. Ils permettent de voir ce qui d'habitude est invisible. Et leur fonction est d'éclairer ce qui habituellement est obscur, de mettre au jour, révéler ce qui habituellement est caché, cad ce que l'on ressent, ce que l'on est au + profond de nous.

- Nbx adj dévalorisants, laideur physique et morale.

- CL de la violence : « cruelle  pour Göbbler (19), « violences, actions sanglantes, gestes irréparables » pour Dorcha (21-22), « la rage » (23) pour Vertenhau => « on aurait cru une galerie d'écorchés » (28). Ces personnages ressemblent à des monstres.

 

è prise de conscience de la laideur des villageois derrière la beauté de l’œuvre è rejet, dégoût et fascination.

 

II / Ce que les tableaux de paysages révèlent

 

1)      Le langage des dessins : une parole éloquente et dénonciatrice

 

-                     les paysages « devenaient parlants » ; on sait ce que la parole a de meurtrier pour B (extrait 1 et 2)

-                     ils « racontaient […] portaient les traces […] témoignaient » è personnification, verbes d’action par la parole.

-                     Et en conclusion, explicitement : « ils disaient des choses qui n’auraient jamais dû être dites, ils révélaient des vérités qu’on avait étouffées ».

 

 

2)                 Les dessins évoquent les lieux où se sont déroulés les drames

 

-                     1er : la décapitation de Cathor sur la place de l’église, avec la porte ouverte de la grange d’Otto Mischenbaum, lieu du viol et du crime des Fratergekeime et d’Emelia

-                     2ème : le Baptisterbrücke  et ses saules, sous lesquels les trois jeunes filles sont enterrées.

-                     3ème : La clairière du Lichmal, où elles ont été découvertes terrorisées

-                     4ème : Les rochers de Tizenthal, desquels Diodème va se jeter plus tard dans la Staubi, rongé par le remords.

è lieux associés à des mises à mort, témoins des exactions plus ou moins directes des villageois qui participent à l’exposition

 

3)      Une progression dans la révélation : du plus explicite au plus allusif

1er : représentation du sang de Cathor : « une tache d’encre placée à l’endroit même de l’exécution »

puis « portes closes » : à la fois représentation de la réalité (les villageois qui se terrent) et symbolique (lâcheté des villageois) ; porte ouverte de la grange : symbolique aussi du viol (porte = ventre ouvert, déchiré)

2ème : la représentation n’est pas immédiate : « « si on inclinait un peu la tête pour le regarder en biais »

3ème : même chose : « pour peu qu’on fronce un peu les paupières » è langage pour initiés, il faut entrer dans le dessin pour accéder au message.

4ème : représentation d’un fait non encore advenu (futur suicide).

- Caractère surnaturel : « les évènements qu'ils suggéraient ne s'étaient pas encore déroulés » (53-54) : l'Anderer connaît-il l'avenir, est-il de ce monde ?

 

è la découverte des paysages s’opère selon une tension dramatique de plus en plus grande

 

 

III / Une révélation pour le lecteur : fournit des clés pour lire l’œuvre autrement

 

1)                 Les deux guides de Brodeck (et du lecteur) : Diodème (l’écrivain) et l’Anderer (l’artiste)

 

Diodème

-                     le seul personnage avec lequel B communique (style direct)

-                     écrivain : accès à la puissance créatrice des mots écrits, « regardait toujours dans la doublure des mots », p. 324. Ici, il est seul à voir quelque chose là où B ne voit rien : « bêtes rochers », « sans histoire ni légende », contrairement aux autre paysages.

-                     Seul face à son destin, ne peut partager avec B : « des choses, des choses… », expression évasive par excellence.

-                     Effet d’annonce : « comme une borne dans un champ », « pétrifié », une comparaison et une métaphore qui associent Diodème aux rochers, annonçant sa mort prochaine. + phrases très courtes, un seul mot même (« Pétrifié. ») è mort annoncée, là aussi.

 

L’Anderer

 

- pas présent durant la scène (retiré dans sa chambre), mais omniprésent à travers ses tableaux médium è parle indirectement à B et au lecteur

- passage des mots (notes sur le carnet) à l’image, dont la puissance d’évocation est sans doute plus forte

 

2)      Une écriture révélatrice aussi de l’enjeu des dessins

 

L’émotion de B, la violence de l’expérience et l’importance de son enjeu sont révélées aussi par l’écriture adoptés par Claudel :

-                     rythme ternaire (marque la solennité des propos, leur donne de l’emphase), p. ex : 3 formulations sur le côté anodin des paysages (« ça n’a l’air… / ça ne dit rien / Au mieux, ça nous renvoie… ») avec reprise anaphorique du « ça » apparemment dépréciatif. Puis formulation de leur force : 3 fois « Ils + verbe »

annonce des « trois » visages des jeunes filles martyres.

-                     Variation dans la longueur des phrases : d’abord des phrases courtes – écriture minimale, orale, dépourvue de sentiment explicité (début), puis des phrases longues, voire très longues, dans la description des paysages

 

 

3)      Une clé de lecture pour l’ensemble de l’œuvre

 

-  Il s'agit donc d'une véritable leçon, d'un manuel à l'usage des spectateurs, lecteurs, etc... L'art dit bien plus que ce qu'il a l'air de dire. Il agit comme un révélateur, met en lumière, éclaire ce qui apparaissait obscure et permet de nous transformer : Brodeck ne sortira pas indemne de cette confrontation et le vernissage marque une étape importante dans l'affirmation de lui-même. Cf aussi Diodème lui-même confronté à sa propre culpabilité, son propre côté obscur ; il est « pétrifié » (cf l'Anderer-miroir : le spectateur de ses tableaux se retrouve face à lui-même : parfois difficile de se supporter « se regarder en face », « se retrouver seul devant sa glace »)

 

Conclusion

-                     une scène cruciale : B la relate avec une émotion inusitée dans le roman.

-                     Elle agit comme un révélateur, pour B comme pour le lecteur

-                     Elle éclaire l’A : une intervention surnaturelle justicière, destinée à révéler l’atroce vérité sur les gens et les choses.

-                     Scène cruciale aussi parce qu’elle va déclencher la folie meurtrière des villageois qui passeront à l’acte quelques jours plus tard, d’abord sur l’âne et le cheval, puis sur l’A lui-même.

-                     Elle dénonce (et enclenche la violence) : L’Art / la Vérité peut être insupportable à l’homme commun.

Lecture analytique du Chap XXXIV du Rapport de Brodeck :

de « C’était peut-être sa manie des romans qui faisait que Diodème regardait toujours dans la doublure des mots … » (324) à « ils révélaient des vérités qu’on avait étouffées. » (326) 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:07

 

Lecture analytique n° 4 : Chap XXXI : L'apologue des Rex flammae

de « Alors ? » finit-il par dire. » ( 274) à « L’unique morale qui prévaut, c’est la vie. Seuls les morts ont toujours tort. » » (276)

 

Pistes de lecture : è Un apologue naturaliste

 

Situer le passage

 

Chapitres XXX à XXXII = période de l’Occupation ( du village ) ; perçue à travers 3 situations différentes ( è gradation)

è Chp XXX = début de l’Occupation : installation des Fratergekeimen ; éxécution de Cathor, pour l’exemple, suivi d’un grand discours de Buller è  C° : « Purifiez votre village »

Peur comme moyen de pression (efficace)

è Chp XXXI = Apogée de l’Occupation : Collaboration. Comportement très correct des soldats à l’égard des habitants. Convocation d’Orschwir et Diodème sous la tente de Buller.

( sera suivi d’une réunion de l’Erweckens’Bruderschaf  et de la déportation de Brodeck et Frippman)

è chp XXXII = fin (déclin) de l’Occupation : le comportement des soldats se dégrade è viol suivi du meurtre de 3 jeunes filles étrangères ( + Emélia ) = scène d’horreur / de barbarie

 

è Avantage de la fiction  ( sur la réalité historique)

 

- Condenser en quelques pages et de façon assez claire une situation que la réalité rendrait plus confuse, plus diluée dans le temps (et l’action)

- Personnages et situations sont emblématiques, exemplaires : ils sont un échantillons et deviennent symboliques d’autres personnages et situations vécues « réellement » durant cette période. Ce que l’on nous dit là de ce qui s’est passé entre Buller, Orschwir et Diodème aurait pu se passer de la même façon partout ailleurs, avec d’autres hommes qui leur ressemblent ( = portée universelle du roman / de ce passage)

è éclairer la période de l’Occupation / la Collaboration ; lui donner un sens, une signification

 

è si ça ne s’est pas réellement passé comme cela, ça y ressemble et, par le biais de la fiction ( = l’auteur organise son récit, et donc la succession des événements, comme il le veut) cela prend tout son sens.

 

Composition du passage :

 

- 3 parties distinctes : 1) Avant le discours ( ll 1-31) ; 2) le discours en lui-même ( 32-70) ;

3) conclusion du discours ( 71-78)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

è Une scène d’occupation : lâcheté des délateurs vs perversité sadique du dominateur tout-puissant : comment se « traduisent » ces différentes attitudes ?

 

- 3 personnes en présence : le capitaine (Adolf) Buller = l’occupant ; omnipotent + 2 notables du village : Orschwir = potentat local ( pouvoir limité depuis l’arrivée des Fratergekeime) et Diodème ( instituteur ; caution intelectuelle).

 

            è Orschwir et Diodème : comportement de dominés ( è soumission ; peur ; lâcheté )

 

- Orschwir différent de sa figure habituelle : « lui d’ordinaire si sûr » (16) ; « homme riche et puissant » (18) è « se tassa, ses épaules s’affaissèrent » (27) ; « suaient à grosses gouttes. » (73)

- cela se ressent dans son propos : « C’est que … capitaine … Nous … Nous n’avons pas très bien … compris » (24-25) èmarque l’hésitation, le trouble ; cherche ses mots, alors que d’habitude « les paroles clquent souvent comme des coups de fouet, que rien n’impressionne » (16-17)

+ « se mit à bafouiller, à perdre tous ses moyens » (19) ; « voix étranglée » (8) ; « ouvrit grand la bouche, ne sut quoi répondre » (2-3)

- mais, au moins, fait preuve de « courage » (7) , « un effort trop violent » (28)

 

- tandis que Diodème lui sert en quelque sorte de faire-valoir : son comportement trahit la lâcheté : « qui ne parvenait pas à déglutir » (3-4) ; « qui cercha à éviter ses yeux et baissa la tête » (15), alors même qu’Orschwir souhaitait prendre appui sur lui, l’incite à parler : « regarda Diodème » ( 2 x : 3 ; 14) 

 

            è finalement, le seul mérite de Diodème, c’est d’être présent dans cette scène, et d’en rendre témoignage, plus tard, à Brodeck, par l’intermédiaire de la lettre ( èdans laquelle, donc, Diodème se dévalorise, avec une sincérité inutile, mais qui pour lui vaut confession)

 

            è Buller : comportement dominateur

 

- « sourire » (9) ; « petit rire » (29) = volonté de manifester qu’il est à l’aise, contrairement aux 2 autres.

- s’adresse à eux avec mépris et ironie : « Alors ? » ( 2 x : 1 et 5 ) = sonne comme une injonction ; « De quoi donc voulez-vous que je parle ? » (11-12) = les prend pour des idiots en suggérant que la chose devrait être évidente.

- « commença à marcher dans sa tente » (29) alors que les 2 autres restent assis et immobiles (comme paralysés) è là encore, signe de domination sur eux.

- « caressait sa cravache avec des manières de femme » (22-23) suggère la perversité masochiste du personnage, et peut être opposé à « les paroles claquent souvent comme des coups de fouet » (16-17) (en temps ordinaire, avec Orschwir)

- autre opposition marquante entre les 2 : « créature en uniforme, qui faisait presque la moitié de sa taille à lui, cet homme minuscule affublé d’un tic grotesque » (20-22) è souligne encore qu’il y a là un renversement de situation.

 

            èpassage qui introduit l’apologue utilisé par Buller pour convaincre Orschwir et Diodème, et, à travers eux, les autres notables du village, de sacrifier ceux qui ne sont pas assez « purs » aux yeux des Fratergekeime. Nous permet de mieux comprendre (mieux imaginer) dans quelles circonstances exactes le discours a été prononcé, dans quelle(s) intention(s) et pour quel(s) effet(s)

 

 

è L’apologue des Rex flammae : un discours avec argumentation indirecte ( de la considération générale à l’exemple) débouchant sur une morale ( pour dire, paradoxalement, que la morale ne sert à rien …) , une leçon de chose.

 

- Apologue = récit ( èdimension narrative ) à visée morale ( è dimension argumentative)

è Buller cherche à convaincre ses interlocuteurs, dans l’intention qu’ils agissent selon sa volonté. Pour cela, emploie un moyen détourné :

- commence par poser une question, inattendue et en apparence anodine : « Avez-vous déjà observé les papillons (…) ? Non ? Jamais ? Dommage … Très dommage ! » (34-35) = ton de la conversation badine ( en apparence, on a changé de sujet …)

- semble raconter sa vie : « Moi, j’ai consacré ma vie aux papillons. » (35-36) ; « j’ai voué mon existence entière aux papillons » (38-39)

- devient lyrique : « somptueuses et fragiles créatures » (42)

- insiste aussi, au passage, sur son  don d’analyse exceptionnel : «  peu de gens [sous-entendu : « contrairement à moi »] sont capables de s’en rendre compte. » (40)

- et, enfin, en arrive à son réel sujet : la visée morale de son discours (et de ce qui va suivre) : « on en tirerait des leçons extraordinaires pour l’espèce humaine ». (42-43)

è en naturaliste (et entomologiste) qu’il est, Buller va livrer une leçon de vie ( adaptable selon lui, et l’idéologie nazie (cf documents annexes) à l’ensemble des « races » humaines.

=  l’exemple des Rex flammae  et leur comportment social : semblent faire preuve d’une solidarité admirable en accueillant au sein d’une groupe des papillons étrangers, mais les sacrifient dès le premier danger venu èinstinct de survie et de préservation ( dès lors qu’un danger se présente, qu’il y va de l’intégrité de leur groupe [=  préservation de la « race »] et de sa survie, ils n’hésitent pas à sacrifier celui qui n’est pas des leurs » (67-70)

- a pris soin de signaler qu’il s’agit là d’ « un comportement qui, au premier abord, paraissait sans fondement, mais qui après de multiples constats se révéla parfaitement logique » (46-47) + « intelligence remarquable » (50)

ètout ceci est, bien évidemment, lourd de sous-entendus = analogie douteuse et répugnante ( = logique nazie) :  sous-entend que la comparaison entre les êtres humains et le règne animal va de soi, et qu’il est « parfaitement logique » de sacrifier des vies « sans hésiter », sans émotion et sans humanité.

- Finalement, l’humain, en cela, serait inférieur à l’animal ( pas aussi « intelligent ») : lui, hésite, à des scrupules, voit en l’autre (même un « sous-homme ») un homme, un frère ; pour tout dire, a une morale.

è«  Certains esprits bornés trouveraient-ils que le comportement de ces papillons manque de morale » (74-76) ; mais il n’y a que dans les fables que l’on fait rimer morale et monde animal !...

« qu’est-ce que la morale, et à quoi sert-elle ? » (76) = cynisme du régime nazi èmettre de l’ordre, tout régimenter, mais en rejetant toute morale. (on pourrait renverser la question : qu’est-ce que l’homme, sans morale ?...)

« L’unique morale qui prévaut, c’est la vie. Seuls les morts ont toujours tort. » (77-78)

 

On pourrait faire remarquer que cette « morale immorale » traverse tout le roman, et que Brodeck l’a faite sienne ( cf, par exemple, pp 30-31 ; paragraphe dans lequel on trouve « Tous sont morts. Moi, je suis vivant. ».

Mais Brodeck a acepté de devenir « Chien Brodeck », d’en être réduit au rang d’animal ; de tuer plus faible que lui, pour rester en vie. Kelmar s’est suicidé, rongé par sa conscience (= ce qui lui restait de morale) ; par Brodeck : « Moi, j’ai choisi de vivre, et ma punition, c’est ma vie. » ( p 355).

Punition, parce que sa vie devient comme un enfer. Pas de rédemption possible.

Sauf à se confesser. A retrouver du sens, à retrouver l’humanité, à se définir à nouveau une morale.

A travers sa rencontre avec l’Anderer, peut-être.

Par l’intermédiaire de l’écriture, surtout : à restituer son histoire, il se reconstitue, se confesse et se retrouve, à  nouveau, neuf face à lui-même. Prêt à recommencer une nouvelle vie.

Parce qu’écrire, ça sert aussi à cela !...

 

 

En conclusion :                                                                        

è apologue efficace puisqu’il sera suivi d’effet : « Ils soupesèrent les mots du capitaine. Ils comprirent ce qu’il y avait à comprendre, ou plutôt, ils comprirent ce qu’ils voulurent bien comprendre. Ils se persuadèrent qu’eux étaient ces Rex flammae, ces fameux papillons dont avait parlé le capitaine, et qu’il leur fallait pour survivre écarter de leur communauté ceux qui n’étaient pas de leur espèce. » ( page suivante = p 277) [assez curieusement, Brodeck – et non Claudel, qui ne commettrait pas cette erreur – parle du « monologue d’Adolf Buller » … ( p 277 toujours)]

 

 

Prolongements :

chap V : les 3 âges de la vie des cochons ( 50-51) ;  chap XXXVIII : le conte du petit tailleur Bilissi

L'argumentation indirecte (dans Brodeck)

 

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:05

 

2) Souvenir(s) du camp

 

Lecture analytique : Chap IX : Le choix du pendu et la Zeilenesseniss

de « Au bout du chemin et au bout de ma course, il y avait l’entrée du camp » (79) à « Die Zeilenesseniss : « la Mangeuse d’âmes ». » (82)              ( =  102 lignes )

 

 

Pistes de lecture : è Un saisissant rituel macabre ( è registre dramatique )

 

è Un rituel macabre

- étudier la progression du texte, son rythme, sa disposition ( =  le rituel se met en place petit à petit ;  il y a comme une mise en scène )

 

- Composition du texte : lente progression thématique , comme pour ménager le suspens (de la découverte d’une vision d’horreur, d’un spectacle insoutenable, cruel et « inhumain » ; informations fournies au compte-goutte, méticuleuse

è cf 1er § : «  entrée du camp » ( l. 2)  èd° du portail « joliment ouvragé » ( 3) (+)  ( comp à l’entrée d’un « jardin d’agrément » (+) )  è  deux guérites « peintes de rose et de vert pimpant » (5)  (+)  èun gros crochet «  brillant » (7) / « semblable à un crochet de boucherie » (8) ( - ) è« un homme s’y balançait » (9) ( (+)  ? ; (-) ? ) è énumération (10-12) (-) décrivant l’homme qui « se balance », sans jamais dire explicitement qu’il est mort ( « homme » = cadavre ) è compassion / émotion : « un pauvre gars qui nous ressemblait comme un frère » (12-13) èpancarte dans « leur langue, la langue des Fratergekeime*  qui avait jadis été le double de notre dialecte » (15-16) [en opposition avec l.13 : les « frères » d’infortune, d’un côté ; de l’autre, les bourreaux, qui n’ont de Frater que le nom + les deux langues étaient proches, « jadis » ; l’une est devenue ignoble …] è « Ich bin nichts » (17) [= renvoie à la dédicace de départ / citation de V. Hugo dans le bien-nommé Rhin = marque  physiquement la frontière entre la France et l’Allemagne] è« Le vent le faisait bouger un peu » (17-18)  = écho à la ligne 9 + nouvel euphémisme / sous-entendu è 3 corneilles (18) ( sorcières, oiseaux de mauvais augure) = s’ajoute à la dimension macabre de la scène. ( « yeux » comme « friandises » (19) : (+) è (-) …)

 

( * Fratergekeime : pa traduisible tel quel ; on pense à la Geheime Feldpolizeiou GFP était, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'équivalent allemand de la sûreté française aux armées è chargée d’assurer la sécurité des forces armées ; spécialisée dans la lutte contre la Résistance. ( Gestapo = Geheime Staatspolizei) )

 

- Cette progression se poursuit, d’un paragraphe à un autre, durant tout ce passage :

è § 1 = description de l’entrée du camp => du pendu

è § 2 = coment, chaque jour, est choisi un nouveau pendu

è § 3 = le 1ersupllice du pendu, en attendant la Zeilenesseniss

è § 4 = qui est la Zeilenesseniss ( = femme du directeur)

è § 5 = lentre arrivée de la Zeilenesseniss , d’une « inhumaine beauté » (51-52) au milieu des sous-humains ( « un autre monde que le sien » (67) )

è § 6 = la Zeilenesseniss et son enfant (berceuse)

è § 7 = le pendu « Du » est bercé et l’enfant s’en balance [ou quelque chose comme ça … ^^]

 

- caractère répétitif ( et duratif) de la situation

 

è  indices de tps : « tous les jours » (20) ; usage de l’article défini ( à valeur générique, ici):  « le matin » ( 21) [= chaque matin] ; « la nuit » (24) [id. ] ; « la vidtime du jour » (80) ; « parfois » (27) / « D’autres fois » (28)

 

 

è imparfait à valeur itérative : « les gardes nous sortaient des cabanes » ( 22-23 ) ; «  nous faisaient mettre en rang » ( 23-24 ) ; etc …

 

+ nbreux termes indiquant que le supplice s’étire dans la durée (verbes, adverbes, etc) : «  nous attendions (…) longtemps » (25) ; nous attendions ( 26) [ notez la répétition ; pour souligner le caractère interminable de l’attente, qui se prolonge] ; « nous devions attendre debout » (30) ; « Les parties s’éternisaient » (31) ; « Le garde prenait son temps » (35) ; « attendaient que la Zeilenesseniss arrive » (48-49)

 

èmécanique bien rodée , qui se répète de façon effrayante = engendre une totale absence de réflexion face à une mort absurde ( choix arbitraire ; cruauté banalisée,

 

 

è La mère et son enfant

- étudier le portrait qui nous est donné de la Zeilenesseniss et son enfant ( = quelle(s) idée(s) se fait-on du personnage ?)

 

Là encore, c’est la progression thématique qui rend le portrait de la Zeil frappant :

- la description en elle-même se développe sur 2 §§ :

è « inhumaine beauté » ( oxymore ?...) (51-52) ; « excès de blondeur et de blancheur » ( 52 ) = quelque chose de négatif sous la beauté parfaite.

- se confirme au paragraphe suivant : « Elle avait des habits propres » (61-62)  « impeccablement coiffée, vêtue » (62) ; « fraîche ( + énumération de termes plutôt (+) ) , un parfum de glycine » ( 57-59), mais aussitôt après, glycine associer à « vomir » et « pleurer » è antihèse.

 

+ « nous avions ordre sous peine de mort de ne pas croiser son regard » (54-55) = dimension mythique (fait penser à la Gorgone Méduse, au regard qui tue)

( + remarque de Thomas : « elle arrivait lentement » (57) è fait penser à un fantôme)

è à la fois objet de fantasme et fantasmagorie ( « nous appartenions à un autre monde que le sien » (66-67).

Cette femme parfaite est perverse est dangereuse, car elle provoque (mais toujours indirectement) la mort.

è è on comprend que cette perfection relève, elle aussi, du cérémonial pervers : La Zeil se fait belle pour ajouter encore à l'humiliation des prisonniers.

è On peut voir dans ce passage (fictif) l’évocation (devenant presque poétique ; et symbolique » du mythe du Sur-Homme nietzschéen ( « Über-Mensch » è dune « inhumaine beauté ») , face aux sous-hommes (réduits à l’état animal, et même en dessous), représentés ici par les prisonniers du camp ( remarque Brodeck – et Claudel – n’écrit jamais Juif ; à peine le suggère-t-il par endroits …)

[Le Sur-Homme de Nietzsche, a été repris sorti de son contexte et honteusement modifié par l’idéologie nazi. Ne faites pas de Nietzche le précurseur du nazisme !... Pour Nietzsche, le Sur-Homme « ne doit pas se soucier des hommes, ni les gouverner : sa seule tâche est la transfiguration de l’existence » = idée de l’accomplissement de la Volonté de puissance humaine, qui permettrait de surmonter le nihilisme ( « Ich bin nichts » (17) ) , déjà très présent à l’époque : Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel, le monde (et particulièrement l'existence humaine) est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toute valeur. Face à cela, Nietzsche cherche donc ce qui pourrait donner sens à l’histoire et un but à l’humanité. Le Sur-Homme serait alors, toujours selon lui, une sorte de « César avec l’âme de Jésus », un aristocrate par exellence, solitaire et magnanime, infiniment éloigné du troupeau majoritaire]

 

Non seulement la Zeil se veut parfaite, mais, bien sûr, son enfant représente l’Espoir dans l’Avenir Parfait tel que le concevait le IIIe Reich ( qui se voyait déjà durer pendant mille ans !...)

è nous permet de mieux comprendre la berceuse ( « La main des hommes sur toutes choses » (75) ) et entrevoir ce que la Zeil cherche à transmettre, dès le berceau, à son nourrison ( qui se nourrit d’un spectacle atroce, sans éprouver le moindre signe de compassion è « pleurait un peu, moins de peur sans doute que parce qu’il avait faim et réclamait sa tétée » (93-94)

è « toujours calme » (78  +  70 (« elle le berçait calmement ») ; 95 (« s’en allait calmement »)

 


è è  On pense qu'il est comme sa mère indifférent; dimension chrétienne inversée (la vierge et l'enfant) --> le tout forme une sorte de spectacle plutôt diabolique.

Scène surréaliste car Z chante une berçeuse sur un monde utopique alors que après l'execution le monde est noir.

Opposition entre la description méliorative de Z et sa satisfaction perverse devant le spectacle offert : en même temps qu'elle vient de donner la vie (à son enfant), elle se délecte de la mort ( des autres ; ceux qu'elle et ses congénères considèrent comme des sous-hommes .
On peut croire qu'elle se fait belle pour ajouter encore à l'humiliation des prisonniers.
Z = élément de fascination ==> "inhumaine beauté" ; élégante ==> femme fatale ( ce qu'on appelle aussi une "vamp")


Mangeuse d'âmes = mangeuse d'hommes.

 

è Un saisissant effet de contraste

- étudier tout ce qui oppose (dans leur situation et leur attitude) les victimes et les bourreaux ( mais peut-être aussi ce qui les réunit, sur certains points …)

 

* attente interminable des prisonniers,  tandis que les soldats prennent leur temps (pour jouer aux dés ; pour choisir le « Du ») et que la Zeil avance « lentement » et que son fils est « calme ».

èprécipitation et abrutissement des prisonniers (on leur fait répéter chaque jour les mêmes gestes, les mêmes actions, jusqu’à ce que cela devienne mécanique et vide de tout affect, de toute pensée ; cf Primo Lévi)

 

* Zeil « impeccablement coiffée, vêtue » (62 vs « nous, à quelques mètres, mangés de vermine dans nos haillons qui n’avaient plus ni formes ni couleurs, la peau crasseuse et puante, les crânes rasés et crouteux, avec nos os qui tentaient de nous trouer de toutes parts » (63-67) è antithèse évidente, pour mieux marquer l’humiliation que la Zeil cherche à faire subir aux prisonniers ; la distance entre l’une et les autres (sous peine de mort)

 

* Deux représentations / cérémonies s’opposent : Le pendu qui n’est rien ( sans passé ; anonyme ; sans espoir d’avenir ; juste condamné à creuser sa tombe) vs La mère et l’enfant

è « petits gestes très tendres » (79) à l’égard de l’enfant  vs  « simple geste du menton » (82) pour donner l’ordre que débute la pendaison

è « gigoter avec ses petits bras et ses petites cuisses, baîller au ciel » (81) pour l’enfant « le corps du « Du » chutait,vite retenu par la corde. (85-86) [il « gigote, lui aussi …]

è « tressautements, des bruits de gorge, des pieds lancés dans le vide à la recherche du sol, des brutis goitreux des intestins qui se vidaient » (88-90)  vs  « il avait faim et réclamait sa tétée » (94) [ = ai-je besoi de préciser ?... bon, d’accord : tandis que l’un se vide les intestins, l’autre réclame de se remplir le ventre èrappelez-vous les cochons d’Orschwir : « Ventre et cœur unis » (p 38) ; « ils broient, ils avalent, ils chient, ils recommencent indéfiniment » ( p 51) ; « Ils ne connaissent pas le remords. Ils vivent. » (p 51)

 

- Ce qui rapproche ce petit monde (à la rigueur) ?

è (après le choix du « Du ») « Nous autres, tous les autres, au fond de nous, on sentiat naître une joie folle, un bonheur laid [= oxymore] (…) qui permettait de tenir, de tenir encore ». (37-41)

 

            è peut déjà faire écho au « chapitre du train »  è« Notre geste, c’était le grand triomphe de nos bourreaux » (355) . Primo Lévi, bien sûr, en a dit tout autant ( sauf que dans Si c’est un homme, c’était « pour de vrai ». Vers où se porte votre préférence : le témoignage (vrai) ou la fiction ?...)

 

 

 

                        è Le « jeu » de la sélection et de l’humiliation ( très proche de ce qu’a décrit Primo Lévi dans Si c’est un homme ).

 

Prolongements :

Chap III : Chien Brodeck  de « Ceux qui nous gardaient » (p.30) à la fin du chap (p.31)

Chap XIV : Scheizeman (116-118)

Chap XVI : libération du camp et mort de la Zeilenesseniss (137-144)

Extraits de Si c’est un homme de Primo Lévi

 

 

 

 

2) Souvenir(s) du camp

 

Lecture analytique : Chap IX : Le choix du pendu et la Zeilenesseniss

de « Au bout du chemin et au bout de ma course, il y avait l’entrée du camp » (79) à « Die Zeilenesseniss : « la Mangeuse d’âmes ». » (82)              ( =  102 lignes )

 

Pistes de lecture : èUn saisissant rituel macabre ( è registre dramatique )

 

è Un rituel macabre

- étudier la progression du texte, son rythme, sa disposition ( =  le rituel se met en place petit à petit ;  il y a comme une mise en scène )

 

 

è La mère et son enfant

- étudier le portrait qui nous est donné de la Zeilenesseniss et son enfant ( = quelle(s) idée(s) se fait-on du personnage ?)

 

 

è Un saisissant effet de contraste

- étudier tout ce qui oppose (dans leur situation et leur attitude) les victimes et les bourreaux ( mais peut-être aussi ce qui les réunit, sur certains points …)

 

 

Prolongement possible

 

                   è Le « jeu » de la sélection et de l’humiliation ( très proche de ce qu’a décrit Primo Lévi dans Si c’est un homme ).

 

Prolongements :

Chap III : Chien Brodeck  de « Ceux qui nous gardaient » (p.30) à la fin du chap (p.31)

Chap XIV : Scheizeman (116-118)

Chap XVI : libération du camp et mort de la Zeilenesseniss (137-144)

Extraits de Si c’est un homme de Primo Lévi

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:34

LECTURE ANALYTIQUE N° 2 : L’ARRIVÉE DE L’ANDERER

 racontée par Brodeck à travers le témoignage de Gunther Beckenfür   :

 

de « Il pouvait être cinq heures, cinq heures et demie ... » (p.60) à «  « oui, un magnifique pays … » » ( 64 ).

 

PRÉSENTATION :

 

- Depuis le début du roman (cf LA 1) , Brodeck promet qu’il va parler de l’histoire de l’Anderer ; mais il n’en a pas encore vraiment parler (à parler des conditions dans lesquelles on lui a demandé d’écrire (chp I et II), de la vie dans les Camps (chp III), de son voisin Göbler (chp IV) et du maire Orschwir (chp IV et V), de la mère Pitz (chp VI). Il faut attendre le chapitre VII pour qu’il revienne sur l’Anderer et sur son arrivée au village.

 

- Mais Brodeck n’a pas vu lui-même l’Anderer arriver au village èpour la raconter, il doit faire appel à des témoignages directs

 

- le 1er de ces témoignages est celui de Gunther Beckenfûr (personnage que nous découvrons dans ce passage)

 

- Brodeck rapporte précisément comment il a « enregistré » fidèlement (sur un carnet) les propos de GB,

 

- et il les restitue ici, en alternance avec ses propres interventions.

 

 

PROBLÉMATIQUE : (Comment) Deux voix qui s’entremêlent pour parler de l’arrivée de l’Anderer (de façon à la fois complémentaire et différente) ( ?)

 

I / Comment se met en place le témoignage de Gunther Beckenfür ?

 

1)      Composition du passage : récit de Brodeck (sans guillemet) ; discours de Gunther (avec guillemets)

 

- alternance entre récit de Brodeck et discours de GB : se différencie par la présence (ou non de guillemets) èdiscours direct

è èle « Je » change d’identité : sans guillemet = Brodeck (GB = « il ») ; avec guillemet = GB è délégation narrative

- 9 paragraphes

- un seul paragraphe est ambigu : le § 8 è pas de guillemet, mais Bodeck rapporte les propos de GB (« paraît-il ») è discours indirect libre.

- plusieurs temps verbaux : temps du passé (imparfait, passé simple ; passé composé) + présent (d’énonciation ; § 3) : dans ce § Brodeck précise bien qu’il rapporte fidèlement les propos de GB (« je dis bien tous les mots » ll 26-27)

 

 

 

 

 

2)      Que nous apprend le discours de Gunther ?

 

- Comment l’Anderer est arrivé avec son équipage : rythme lent (l 24 et l 41)

- D’où il arrive (« la route de la guerre » l 52)

- Il fait une description (subjective et péjorative) de l’Anderer et de son attirail

- Il décrit également les 2 animaux qui l’accompagnent

- puis il raconte comment l’Anderer est arrivé jusqu’à lui et est descendu de cheval

 

è expose les faits, mais en y apportant un point de vue particulier (« c’était un peu humain, tout de même, cette affaire-là (l 49) ; « comme une apparition d’une autre époque » (l 69) )

+ y ajoute ses propres réflexions (« cette putain de chiure de merde de route » (ll 52-53) )

è récit dynamique, vivant, parfois imagé.

 

3)      Quelle idée se fait-on du personnage de Gunther à travers ce discours ?

 

- on sait que c’est un berger (« son abri de berger » (l 19)

- Brodeck nous le présente en activité : le jour de l’arrivée de l’Anderer (« occupé à rafistoler le toit… » (l 19), mais aussi le jour où il se rend chez lui pour recueillir ses propos (« il mâchouille une cigarette » (l 28) ; « Il m’a servi un verre de bière » (l 27)

- discours (et niveau de langue) plutôt familier : il tient des propos grossiers par moment (l 52 ; l 58 ; l 60), parfois juste familiers (« cette affaire-là » (l 49) ; « attifé comme on ne fait plus » (l 70) )

- quand ils se font violents, ses propos traduisent une émotion forte (et incontrôlée) : ll 59-60 ; ll 52-54.

 

è un personnage un peu simple, familier, un peu violent dans ses propos, mais plutôt sympathique. N’aime pas les Fratergekeime, et d’emblée, n’aime pas l’Anderer, qu’il juge ridicule (et un peu inquiétant) (voir + loin pour approfondissement)

 

II /  Qu’apportent les interventions  de Brodeck ?

 

è des digressions de natures variées :

 

1)      Apporter des précisions (complémentaires) sur l’arrivée de l’Anderer

 

- dès la l 1 (et 2) ; § 2 également ; § 8 (mais disc ind libre è rapporte ici (librement) les propos de GB)

 

2) Préciser les conditions dans lesquelles Brodeck a recueilli le témoignage de GB

 § 3 ètrès précis, ici ; jusque dans les détails : la cigarette (l 28) ; le vieux père (ll 31-32) ; la neige dehors (ll 35-37)

è ces détails fonctionnent à la fois comme effets de réel (précis, donc « vrais ») et comme volonté de Brodeck de prouver qu’il a une bonne mémoire (et que ce témoignage l’a profondément marqué, dans ses moindres aspects)

 

2)      Ajouter des réflexions personnelles

§§ 6-7 surtout : les chevaux tués èsigne de misère,  mais aussi de barbarie èretour en arrière de l’humanité (§ 7) ;  régression de la civilisation.

 

4) Des envolées lyriques (inhabituelles chez Brodeck)

 

§ 1 : en décrivant le paysage, Brodeck se fait soudain poète : inhabituel ; utilise des métaphores (« le soir venait sur la pointe des pieds » (ll 3-4) ; « quelques pelages de neige » (l 13)

- § 3 : même chose (« dont la neuve blancheur aveugle » (l 37) + personnification (« en curieuse » (l 38), « effarouchée » (l 40) et comparaison (l 39)

 

è contraste saisissant entre les propos familiers et grossiers de GB, et les digressions poétiques de Brodeck : comme pour compenser, mais aussi compléter ècontre-point (les 2 voix sont très disctinctes l’une de l’autre)

 

III / Comment perçoit-on le personnage de l’Anderer dans ce passage ?

 

1)      étranger inconnu

 

- « Ça allait «  (l 24) , « Ça avançait » (l 41) + l 49 è au départ, même pas reconnu par Cathor -comme un être humain (è jamais vu)

- arrive « de là-bas, de chez les Fratergekeime » (l 57) = route que plus personne « d’ici » n’emprunte

- possède un cheval (alors que plus personne n’en possède)

 

è autant d’éléments qui ne jouent aps en sa faveur : GB (qui représente ici les habitants du village) les perçoit de façon négative ; rappelle de mauvais souvenirs, attachés à la misère et au malheur subits durant la guerre.

 

2)      étrange et mystérieux (èinquiétant)

 

- « voir si je ne rêvais pas » (l 44)

- procure « un vrai frisson, et pas de froid » (ll 50-51)

- « apparition » (l 68 et l 96)

- « génie » (l 107)

- Teufeleuzeit (l 108) : Teufeil = diable ; Zeit = temps (comme un diable maître du temps)

 

3)      grotesque

- « Ça allait «  (l 24) , « Ça avançait » (l 41) è désigné, au départ, comme une chose plus que comme un homme (péjoratif) ; « bonhomme » (l 41) , « ce drôle de gaillard » (l 125)

- « apparition d’une autre époque » (ll 68-69) ; « personnage de foire » (l 70) ; « drôle de chapeau en forme de melon » (l 112) ; « vêtement d’opérette » (l 119)

- « Il avait comme un vrai ballon à la place du visage » (ll 121-122) ; « le ventre qu’il avait foutrement rebondi » (ll 117-118)

 

è personnage, grotesque, burlesque : peut faire penser à un clown. Mais aussi à un artiste

 

 

4)      Un personnage « romanesque » ?

 

- quelque chose d’invraisemblable

- semble sortir de nulle part (comme une apparition)

- parle aux animaux qui l’accompagnent

- personnage de foire, vêtement d’opérette

 

è apparu comme par enchantement (mais un enchantement qui fait peur ; dont on se méfie) et disparu mystérieusement (à cause de l’Ereignies)

 

 

è è Pour évoquer l’arrivée de l’Anderer au village, Brodeck cède la parole  un autre personnage, Gunther Beckenfür. Mais cette parole, il semble vouloir la reprendre constamment, pour apporter des précisions ou ses réflexions personnelles. Comme s’il voulait prendre ses distances avec le récit, mais à la fois montrer que c’est bien lui qui en garde le contrôle.

- fournit un texte à deux voix (polyphonique) qui s’entremêlent sans se confondre : l’une se fait poétique par moments, et l’autre parfois grossière.

- nous montre un autre point de vue sur l’Anderer, où se mêle moquerie, méfiance, et même peur : son arrivée même fait rejaillir de mauvais souvenirs (douloureux et encore récents).

- Ce que GB pense de lui, on comprend bien que c’est ce que penseront aussi les autres habitants du villages : l’Anderer n’ai pas le bienvenu au village (on y aime ni les étrangers, ni les artistes bohèmes, vagabonds rêveurs solitaires et incompris)

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:26

Lecture analytique du Chap I du Rapport de Brodeck :

du début (p.11) à « Oui, je dirai l'Ereigniës » (p.13)

 

Pistes d'étude :

- sa fonction informative : situation d’énonciation et cadre spatio-temporel

- deux personnages en présence : Brodeck et l’Anderer

- accroches de lecture et pacte de lecture : mise en place (énigmatique) du récit de l’Ereigniës è un suspens original

 

Claudel né en 1962 en Meurthe et Moselle (Dombasle-Sur-Meurthe)

Enseignant : Les âmes grises 2003 Prix Renaudot, Rapport de B 2007 Prix Goncourt des lycéens et vient de réaliser un film Il y a longtps que je t'aime César du meilleur 1er film

Dans un petit village quelque temps après une "guerre", Brodeck, un homme affecté normalement à un travail de description de la faune et de la flore pour l'administration, se trouve un jour assigné à devoir remplir une curieuse mission : établir un " rapport " sur "la chose qui s'est passée" concernant "l'étranger" arrivé il y a peu au village... Le roman que nous lisons n'est cependant pas ce rapport mais le « journal » que tient Brodeck en marge de l'écriture de ce rapport. Il nous fera ainsi découvrir l'histoire tourmentée de l'Etranger mais également la sienne (sa propre) et celle du village...

L'extrait étudié ouvre le roman. Nous allons nous demander s'il obéit aux règles traditionnelles de l'incipit romanesque. Pour cela il faudra étudier d'abord les différentes informations livrées au lecteur ; ensuite analyser comment cet incipit prépare l'intrigue et la suite du roman.

 

I – Donner des informations au lecteur : contextualiser (situation d'énonciation et cadre spatio temporel)

  1) Situation d'énonciation (qui parle à qui ? En quelles circonstances ?)

  => Qui parle ?

Locuteur omniprésent : « Je » (1er mot) + « moi » ; « toi », « tu », « te » (dans la bouche des autres) + prénom Brodeck

Infos : ce narrateur a fait des (petites) études. Un peu l'intellectuel du village. Il a une machine à écrire (symbolique) et maîtrise la langue, les mots et leur force (puisque le but du rapport est de se justifier => art de la rhétorique, parole à la défense tel un avocat).

Il parle le dialecte.

Donc très peu d'infos.

=> A qui ?

Destinataires :

Lecteur, souvent interpellé, sollicité : « vous », « ne me demandez pas », nbses questions

Une instance encore plus large : « ils te croiront ». L'humanité, les hommes, la justice ? Les autres, ceux qui sont extérieurs au village et qui ne sont donc pas dans leur logique ?

 

2) Où … ? (Cadre spatio-temporel)

=> Rapport ambigu avec ceux qui l'entourent (les habitants du village)

=> Lieu : Lieu incertain, vague, imprécis : « ici » (déictique => cf tps du discours + « je », ancré dans la situation d'énonciation, crée le réalisme, l'impression d'authenticité), « notre village », « sur les contreforts de la montagne, posés entre les forêts comme des oeufs dans des nids », « si loin de tout, qui est si perdu »

Le dialecte (alaman d'Alsace ou françique rhénan de Lorraine ?) et les quelques indices géographiques peuvent faire penser à un territoire de l'Est de la France, proche de la frontière franco-allemande (Alsace)

cf lieu de naissance de Claudel : Meurthe et moselle (dombasle-sur-meurthe)

=> village et ses habitants :

Brodeck à la fois se situe au milieu des « autres », « ils », « les gens » (indéterminé, vague => seul le maire et Schloss l'aubergiste sont nommés)

et en même temps en opposition avec eux : « Mais les autres m'ont forcé » (8), « je n'y suis pour rien », « moi je n'ai rien fait », « ils ont dit qu'ils voulaient que ce soit moi » => impuissance, passivité, pas maître de son destin, obligé (tragique ?)

« les gens l'ont appelé » (25), « mais pour moi » (34)

Il se distingue tout en faisant partie, en ayant des pts communs avec eux :

Il parle le dialecte, il est donc de là, « enraciné » dans ce territoire

La proximité s'exprime : « nous », « on », « notre village », « le nôtre »

3) … Et quand ?

=> Temps : village marqué par la guerre qui vient de se terminer : « la guerre, ce qu'elle a fait ici, et surtout ce qui a suivi la guerre, ces semaines et ces quelques mois, notamment les derniers » => passé composé

Là encore temps imprécis : quelle guerre ?

Le futur et le conditionnel évoque le projet en cours : à la fois le fait qu'il subit la situation dans laquelle il se retrouve (regrets avec conditionnel « j'aurais aimé ne jamais en parler » ou « vous seriez comme nous si vous aviez connu la guerre » +t futur injonctif des habitants « ça suffira », « ils te croiront ») et ce dont Brodeck envisage de parler (« oui je dirai l'Ereigniës »)

Espace et temps plutôt indéterminés : permettent de rendre l'histoire qui va suivre universelle, applicable en tous lieux, en tout temps.

A approfondir : le jeu sur les tps : passé composé, présent, futur, conditionnel, imparfait

  II – Les personnages mentionnés

1)      Brodeck lui-même

- 1ère phrase : étranger ; s’affirme d’emblée non coupable (mais aussi victime) ; mais aussi passif (« Moi, je n’ai rien fait »)

- semble se plaindre, subir (les événements ; les autres) èanti-héros

- annonce vouloir vivre en cherchant à éviter la douleur (« C’est humain »)

- a connu la guerre : traumatisme (collectif)

2)      De Anderer (et ses autres appelations)

 

L'étranger est au coeur de cet incipit et du roman :

Il est arrivé soudainement dans le village : « en plus d'arriver de nulle part », « cet homme est arrivé dans le village et s'y est installé, comme ça, d'un coup »

Il n'est qualifié que par des surnoms car son nom est inconnu : « Ne me demandez pas son nom, on ne l'a jamais su », « Son nom, personne ne le lui a jamais demandé, à part le Maire une fois peut-être, mais il n'a pas, je crois, obtenu de réponse », « L'anderer (l'autre) », « yeux pleins », « le murmurant », « lunaire », « celui qui est venu de là-bas » (cf caractéristiques liées à ces surnoms) + « cet homme ».

=> identité absente, vu de l'ext, exclu d'emblée (l'autre, l'étranger, celui qui n'est pas comme nous donc comme tout le monde). « en plus d'arriver de nulle part » (étranger) « il était différent » (étrange). Pt commun avec le narrateur, pers-miroir : « et cela je connaissais bien : parfois même, je dois l'avouer, j'avais l'impression que lui, c'était un peu moi ».

 

 

3)      Les autres

- « les autres (m’ont forcé) » èBrodeck se distingue des autres (à l’écart) ; mais dit parfois « nous » (+ « notre village »)

= les habitants du village ; les seul désigné plus précisément, c’est « le Maire » ;

; il a peur d’eux (il est sous leur surveillance ; il se sent menacé)

- « Ils n’ont rien voulu savoir » : bornés, intransigeants.

- Brodeck sait les mots ; eux non

 

III – Pacte de lecture et accroche

  1) De quoi parle Brodeck ?

=> ambiguité sur le statut du texte que nous lisons

Projet : rendre compte (rapport) de l'Ereigniës. Commande formulée par les autres. Raison ppale : relater les évts, se justifier, prouver son innocence (celle des habitants du village) ou tout au moins sa non culpabilité

Lisons-nous ce fameux « rapport » (cf titre) ? Etonnant dans le sens où un rapport s'avère en général objectif. Or ici les marques du discours, les appréciations, les jugements sont nombreux et les références à l'Ereigniës sont pour l'instant loin d'être explicites !

On note aussi les tournures orales de l'écriture qui rendent le texte vivant et qui authentifient le fait que ce que nous lisons est bien une sorte de journal, un projet en train de se construire, qui va de l'avant sans plan préétabli, sans recherche stylistique particulière...

2) D’un système de référence (celui de Brodeck) à un autre (celui qu’a besoin de se construire le lecteur pour suivre)

 

3) Susciter le mystère, suspense

L'étranger est au coeur d'un événement énigmatique esquissé dans l'incipit (suspense) :

« ce qui venait de se passer » (situe le tps de l'énonciation par rapport à l'un des sujets du livre : le meurtre de l'anderer : le rapport de Brodeck est rédigé peu de tps après le meurtre), je n'y suis pour rien », « disons l'évènement, le drame ou l'incident », « Ereigniës = la chose qui s'est passée », « l'inqualifiable ».

=> événement douloureux (CL douleur), indicible (cherche ses mots, pts de suspension, recours au dialecte) et énigmatique qu'il faut relater.

 

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 14:47

Sujet : "Pour apprécier un roman, un lecteur a-t-il besoin de s'identifier au personnage principal et de partager ses sentiments ?"

 

==> Proposer des idées et arguments accompagnés d'exemples précis (suivis d'une courte explication) :

 

- quels points communs personnage / lecteur ?

 

- pour s'identifier à lui, il faut que le personnage soit réaliste => réaliste dans sa dimension humaine

 

- certains aspecs de sa vie, certains de ses problèmes ou de ses interrogations sont proches des nôtres ==> il rentre en résonnance avec nous.

 

L'Etranger ==> comment s'identifier à lui ?

 

La part de l'autre ==> comment s'identifier à un personnage incarnant le mal absolu ? ==> où réside l'intérêt dans ce cas ?

 

- dans ce cas : - moins : chercher à se reconnaitre en lui (en quoi nous pouvons lui ressembler ?)

                          - : plus : chercher à le comprendre, les "rouages" de sa "mécanique humaine", de sa logique et de ce qui le fait agir.

 

- moins identification que phénomène d'empathie : on rentre dans l'intimité d'un personnage, qui se confie à nous (Brodeck) ==> le temps d'une lecture, on souffre, aime, vit (par procuration) avec lui ; ressent les même émotions.

 

- on peut apprécier un roman par autre chose que le personnage : le style (Mme Bovary) , l'histoire / l'intrigue , la réflexion sur une société fictive utopique / imaginaire (1984 ; récit de science-fiction)

 

 

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------

 

- + agréable de se sentir dans la peau du personnage : + concerné ==> Brodeck : on apprend à le connaître, une sorte de lien se crée entre nous et lui.

 

           ==> s'identifier à un personnage = le connaître ?...

                                                          = se mettre à sa place ; lui ressembler?

 

pourquoi s'identifier ==> pour le comprendre

     ==> pour se demander ce que l'on ferait à sa place dans pareille situation

==> parce que l'on se reconnaît en lui

==> pour vivre par "procuration" : des aventures (heureuses ou malheureuses) (d'ordre sentimental ou d'une autre nature) : le hussard sur le toit ; ( contre - exemple : Voyage au bout de la nuit)

==> pour les valeurs qu'il véhicule et que l'on partage avec lui, le temps de la lecture (Brodeck)


        - ♥ s'identifier à : Bel Ami (pour sa réussite sociale ; il est comme nous au début, mais il gravit tous les échelons ; c'est un grand séducteur (ça plaît à Totor) MAIS c'est un arriviste, un manipulateur, un homme sans réelle morale)

Julien Sorel dans le Rouge et le Noir : lui aussi, belle réussite sociale alors qu'il n'est parti de rien ; personnage attachant, plein d'énergie, fougeux, révolutionnaire MAIS trop idéaliste, trop entier => c'est ce qui va le perdre

      

        - n' ♥ pas s'identifier à : La Princesse de Clèves (trop de qualités, trop parfaite, précieuse ; inaccessible) ; la marquise de Merteuil (trop fière d'elle, prétentieuse, orgueil démesuré ; Mme Bovary (dépressive ; sans qualité)

René s'épanche trop sur ses sentiments, trop nostalgique

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23 octobre 2012 2 23 /10 /octobre /2012 23:02
Sur La Route
Jack Kerouac :
Kerouac est né en 1922 à Lowell, dans l’état du Massachusetts. Durant ses études, Kerouac était un grand joueur de football, ce qui lui a permis d’obtenir une bourse pour l’université de Columbia. Il a ensuite travailler sur différents bateaux avant de rejoindre New York en quête d’inspiration pour écrire. C’est là qu’il a rencontré des gens comme Allen Ginsberg ou encore William Burroughs, futurs personnages de son livre et fondateurs de la Beat Generation. Il meurt à 47 ans d’hémorragie interne due à une consommation d’alcool beaucoup trop forte.
 
Pourquoi ce titre ?
Sur la route est un roman basé sur les voyages de Kerouac et ses amis à travers l’Amérique.
 
Pour quelle composition ?
D’après Kerouac, le livre aurait été écrit sur une période de trois semaines avec pour support un rouleau de papier de 37 mètres. Kerouac souhaitait recréer l’effet d’une lettre à un ami, similaire à l’improvisation fluide du jazz. Bien sûr, tout n’a pas été créé d’un coup, l’écrivain avait pour habitude de retransmettre dans des cahiers ses notes de voyages.  Publier le livre ne fut donc  pas une mince affaire, de nombreuses portes lui furent fermées et il dut réécrire certains passages et proposer un texte avec plusieurs parties. Ainsi publié, le texte est composé de 5 parties, ses 4 voyages à travers l’Amérique, et la fin.
 
 
 
 
 
 
 
 
Quelles intrigues ?
L’histoire est un récit de plusieurs voyages. Sal Paradise, le narrateur, va nous raconter ses rencontres sur la route, les soirées improvisées avec les filles, l’alcool et le jazz, mais surtout l’étrange amitié qu’il partage avec Dean Moriarty. Il va aussi porter son attention sur la route, les grands espaces et les Etats-Unis à l’aube des Trente Glorieuses.
 
 
Quels thèmes principaux ?
Le voyage, le jazz, la sexualité, la drogue, l’alcool la pauvreté, la recherche du plaisir, de la liberté.
 
Dans quel contexte ?
Etats-Unis des années 50. Les lieux et l’époque  correspondent avec la réalité.
Quels personnages ?
Sal (Jack Kerouac), personnage incarnant Jack Kerouac, est un jeune écrivain qui passe un temps considérable dans les bars intellectuels de New York où il rencontre Carlo Max (Allen Ginsberg)et Old Bull Lee (William Burroughs). C’est avec eux qu’il va approfondir sa compréhension et son style d’écriture. C’est Chadd King (un autre intellectuel) qui va le présenter à Dean Moriarty. C’est lui qui raconte l’histoire et qui porte un grand intérêt aux perles rares comme écrit dans le résumé du livre ; d’où le lien d’amitié très fort entre lui et Dean. On peut déduire du livre que c’est une personne calme, curieuse et intelligente.
"Seuls les fous m'intéressent. Ceux qui ont la fureur de vivre, de parler, qui veulent jouir de tout. Qui jamais ne baillent, ni ne disent une banalité. Mais qui brûlent, brûlent, brûlent, comme une chandelle dans la nuit."
Dean (Neal Cassady), lui, est beaucoup moins paisible. Dans son enfance, il volera des voitures. Il fera ensuite plusieurs années de prison. Peut-être y sont-elles pour quelque chose, car sa seule envie est de vivre, de croquer la vie à pleines dents et de ne jamais s’arrêter. Il va faire la connaissance de Sal dans le but ‘d’apprendre à écrire ‘ à sa manière. Il est impulsif, irresponsable et va balader Sal sur les routes d’Amérique, entre orgies et rencontres. Dès lors qu’il écoute du jazz, il rentre en transe et transpire énormément. Il épouse puis divorce à trois reprises mais ne cesse d’aimer les femmes.
 
 
Carlo Max (Allen Ginsberg), est un écrivain poète qui va tomber amoureux de Dean sans jamais avoir de rapports physiques avec lui. Ils passeront des heures, sous les effets de la benzédrine à avoir de longues sessions de prose spontanée et enfiévrée. Avec pour résultat des conversations interminables et incompréhensives.
 
 
Marylou (Luanne Henderson), première tendre épouse de Dean, et encore adolescente. Aimant Dean à la folie, elle fera partie de plusieurs des voyages, jusqu’à ce qu’elle quitte Dean pour se remarier. Une des rares présences féminines du récit qui à l’intérêt de Sal.
 
 
La Môme, est une jeune femme mexicaine que va rencontrer Jack Kerouac lors d’un de ses voyage. Ils vont s’aimer passionnément et vivre dans une tente à proximité de champs de coton où ils travailleront pour gagner de l’argent et se nourrir.
Réaliste ?
Sur la route de Jack Kerouac est un roman qui inclut des personnages de tous milieux, mais avant tout la classe sociale la plus basse avec les ouvriers (le travail dans les champs de coton) et les vagabonds/ clochards omniprésents tout au long du récit (Le père de Dean est un clochard). De plus, l’auteur apprend de son vécu et nous transmet ce savoir indirectement, au cour de l’histoire. Le roman donne au lecteur des garanties sur la vérité du savoir asserté mais a aussi un statut narratif.
 
A travers quel  style ?
Kerouac dit : « Pas de pause pour penser au mot juste mais l'accumulation enfantine et scatologique de mots concentrés »[. ] D’après lui, la spontanéité réside dans un rapport immédiat. Kerouac cherche à reproduire l'ambiance de ses voyages et de ses rencontres ; pour cela il se détourne des descriptions de la littérature conventionnelle, caractéristiques selon lui d'une « langue morte ». Son style lui est en partie inspiré par son amour des mouvements jazz et du Be Bop et de ses improvisations.
 
 
Quelles visions du monde ?
La leçon qui nous est faite par ce livre est la vraie manière de grandir. Sal Paradise a des difficultés à sortir de l’adolescence et à faire preuve de maturité, cependant il rejette l’idée de la retarder. En contraste avec Sal, Dean Moriarty est à l’image de l’enfant qui ne reste jamais en place. Le combat de Sal est d’équilibrer ces deux forces opposées, sans sombrer dans la démence et sans se bruler les ailes.
On aborde la vie avec entrain, mais sans l’assurance d’un futur certain. On ne vit que dans le présent avec une vision du monde décalée et une vision de la vie qui ne peut qu’être agréable mais courte. La preuve, Jack Kerouac meurt à 47 ans de par son alcoolémie.
Critique :
J’ai grandement apprécié les passages qui justement reflètent le style d’écriture spontané et improvisé de Jack Kerouac. L’un de ses passage décrit Dean en action lorsque travail comme garçon de parking. On retrouve l’effet de vitesse et l’atmosphère même de l’endroit. Un autre passage qui m’a plu est celui qui décrit l’atmosphère d’un bar où un saxophoniste atteint le ‘it’, ce terme qui définit la transe du musicien lorsqu’il ne fait qu’un avec son instrument. Le voyage au Mexique était exceptionnel. J’ai aussi été fasciné par Dean Moriarty, c’est un personnage singulier, très difficile à cerner.
En revanche le caractère répétitif de la route a failli me faire abandonner la lecture. Il y a certains passages à vide qui contrastent fortement avec des passages exaltants.
C’est un livre difficile à cerner, et parfois difficile à lire mais qui vaut la peine d’être lut. On l’apprécie une fois finis et lorsque la réflexion est faite.
Il faut arpenter le monde à la recherche de nouveaux paysages et de nouvelles rencontres, aller au-delà des barrières morales imposées par la société dans les rapports d’homme à homme ou d’homme à femme.
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