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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 13:25

extrait de Renéde Chateaubriand ( XIXe siècle – romantisme )

 

 

 

Mais comment exprimer cette foule de sensations fugitives, que j'éprouvais dans mes promenades? Les sons que rendent lespassionsdans le vided'un coeur solitaireressemblent au murmure que les ventset les eauxfont entendre dans le silence d'un désert ; on en jouit, mais on ne peut les peindre.


L'automne me surprit au milieu de ces
incertitudes: j'entrai avec ravissementdans les mois destempêtes. Tantôt j'aurais voulu être un de ces guerriers errant au milieu des vents, des nuageset des fantômes, tantôt j'enviais jusqu'au sort du pâtre que je voyais réchauffer ses mains à l'humble feu de broussaillesqu'il avait allumé au coin d'un bois. J'écoutais ses chants mélancoliques, qui me rappelaient que dans tout pays le chant naturel de l'homme est triste, lors même qu'il exprime le bonheur. Notre coeur est un instrument incomplet, une lyreoù il manque des cordes, et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur leton consacré aux soupirs.


Le jour je m'égarais sur de
grandes bruyères terminées par des forêts. Qu'il fallait peu de choses à ma rêverie! une feuille séchéeque le ventchassait devant moi, unecabanedont la fumées'élevait dans la cime dépouillée des arbres, la moussequi tremblait au souffle du nord sur le tronc d'un chêne, une rocheécartée, un étang désert où le joncflétri murmurait! Le clocher solitaire, s'élevant au loin dans la vallée, a souvent attiré mes regards; souvent j'ai suivi des yeux les oiseaux de passage qui volaient au-dessus de ma tête. Je me figurais les bords ignorés, les climats lointains où ils se rendent ; j'aurais voulu être sur leurs ailes. Un secret instinct me tourmentait; je sentais que je n'étais moi-même qu'un voyageur, mais une voix du ciel semblait me dire : "Homme, la saison de ta migration n'est pas encore venue ; attends que le ventde la mort se lève, alors tu déploieras ton vol vers ces régionsinconnues que ton coeur demande."


"Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d'une autre vie !" Ainsi disant, je marchais à grands pas, le
visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.

 

Nature sentiments héros romantique

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