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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 09:26

Lecture analytique du Chap I du Rapport de Brodeck :

du début (p.11) à « Oui, je dirai l'Ereigniës » (p.13)

 

Pistes d'étude :

- sa fonction informative : situation d’énonciation et cadre spatio-temporel

- deux personnages en présence : Brodeck et l’Anderer

- accroches de lecture et pacte de lecture : mise en place (énigmatique) du récit de l’Ereigniës è un suspens original

 

Claudel né en 1962 en Meurthe et Moselle (Dombasle-Sur-Meurthe)

Enseignant : Les âmes grises 2003 Prix Renaudot, Rapport de B 2007 Prix Goncourt des lycéens et vient de réaliser un film Il y a longtps que je t'aime César du meilleur 1er film

Dans un petit village quelque temps après une "guerre", Brodeck, un homme affecté normalement à un travail de description de la faune et de la flore pour l'administration, se trouve un jour assigné à devoir remplir une curieuse mission : établir un " rapport " sur "la chose qui s'est passée" concernant "l'étranger" arrivé il y a peu au village... Le roman que nous lisons n'est cependant pas ce rapport mais le « journal » que tient Brodeck en marge de l'écriture de ce rapport. Il nous fera ainsi découvrir l'histoire tourmentée de l'Etranger mais également la sienne (sa propre) et celle du village...

L'extrait étudié ouvre le roman. Nous allons nous demander s'il obéit aux règles traditionnelles de l'incipit romanesque. Pour cela il faudra étudier d'abord les différentes informations livrées au lecteur ; ensuite analyser comment cet incipit prépare l'intrigue et la suite du roman.

 

I – Donner des informations au lecteur : contextualiser (situation d'énonciation et cadre spatio temporel)

  1) Situation d'énonciation (qui parle à qui ? En quelles circonstances ?)

  => Qui parle ?

Locuteur omniprésent : « Je » (1er mot) + « moi » ; « toi », « tu », « te » (dans la bouche des autres) + prénom Brodeck

Infos : ce narrateur a fait des (petites) études. Un peu l'intellectuel du village. Il a une machine à écrire (symbolique) et maîtrise la langue, les mots et leur force (puisque le but du rapport est de se justifier => art de la rhétorique, parole à la défense tel un avocat).

Il parle le dialecte.

Donc très peu d'infos.

=> A qui ?

Destinataires :

Lecteur, souvent interpellé, sollicité : « vous », « ne me demandez pas », nbses questions

Une instance encore plus large : « ils te croiront ». L'humanité, les hommes, la justice ? Les autres, ceux qui sont extérieurs au village et qui ne sont donc pas dans leur logique ?

 

2) Où … ? (Cadre spatio-temporel)

=> Rapport ambigu avec ceux qui l'entourent (les habitants du village)

=> Lieu : Lieu incertain, vague, imprécis : « ici » (déictique => cf tps du discours + « je », ancré dans la situation d'énonciation, crée le réalisme, l'impression d'authenticité), « notre village », « sur les contreforts de la montagne, posés entre les forêts comme des oeufs dans des nids », « si loin de tout, qui est si perdu »

Le dialecte (alaman d'Alsace ou françique rhénan de Lorraine ?) et les quelques indices géographiques peuvent faire penser à un territoire de l'Est de la France, proche de la frontière franco-allemande (Alsace)

cf lieu de naissance de Claudel : Meurthe et moselle (dombasle-sur-meurthe)

=> village et ses habitants :

Brodeck à la fois se situe au milieu des « autres », « ils », « les gens » (indéterminé, vague => seul le maire et Schloss l'aubergiste sont nommés)

et en même temps en opposition avec eux : « Mais les autres m'ont forcé » (8), « je n'y suis pour rien », « moi je n'ai rien fait », « ils ont dit qu'ils voulaient que ce soit moi » => impuissance, passivité, pas maître de son destin, obligé (tragique ?)

« les gens l'ont appelé » (25), « mais pour moi » (34)

Il se distingue tout en faisant partie, en ayant des pts communs avec eux :

Il parle le dialecte, il est donc de là, « enraciné » dans ce territoire

La proximité s'exprime : « nous », « on », « notre village », « le nôtre »

3) … Et quand ?

=> Temps : village marqué par la guerre qui vient de se terminer : « la guerre, ce qu'elle a fait ici, et surtout ce qui a suivi la guerre, ces semaines et ces quelques mois, notamment les derniers » => passé composé

Là encore temps imprécis : quelle guerre ?

Le futur et le conditionnel évoque le projet en cours : à la fois le fait qu'il subit la situation dans laquelle il se retrouve (regrets avec conditionnel « j'aurais aimé ne jamais en parler » ou « vous seriez comme nous si vous aviez connu la guerre » +t futur injonctif des habitants « ça suffira », « ils te croiront ») et ce dont Brodeck envisage de parler (« oui je dirai l'Ereigniës »)

Espace et temps plutôt indéterminés : permettent de rendre l'histoire qui va suivre universelle, applicable en tous lieux, en tout temps.

A approfondir : le jeu sur les tps : passé composé, présent, futur, conditionnel, imparfait

  II – Les personnages mentionnés

1)      Brodeck lui-même

- 1ère phrase : étranger ; s’affirme d’emblée non coupable (mais aussi victime) ; mais aussi passif (« Moi, je n’ai rien fait »)

- semble se plaindre, subir (les événements ; les autres) èanti-héros

- annonce vouloir vivre en cherchant à éviter la douleur (« C’est humain »)

- a connu la guerre : traumatisme (collectif)

2)      De Anderer (et ses autres appelations)

 

L'étranger est au coeur de cet incipit et du roman :

Il est arrivé soudainement dans le village : « en plus d'arriver de nulle part », « cet homme est arrivé dans le village et s'y est installé, comme ça, d'un coup »

Il n'est qualifié que par des surnoms car son nom est inconnu : « Ne me demandez pas son nom, on ne l'a jamais su », « Son nom, personne ne le lui a jamais demandé, à part le Maire une fois peut-être, mais il n'a pas, je crois, obtenu de réponse », « L'anderer (l'autre) », « yeux pleins », « le murmurant », « lunaire », « celui qui est venu de là-bas » (cf caractéristiques liées à ces surnoms) + « cet homme ».

=> identité absente, vu de l'ext, exclu d'emblée (l'autre, l'étranger, celui qui n'est pas comme nous donc comme tout le monde). « en plus d'arriver de nulle part » (étranger) « il était différent » (étrange). Pt commun avec le narrateur, pers-miroir : « et cela je connaissais bien : parfois même, je dois l'avouer, j'avais l'impression que lui, c'était un peu moi ».

 

 

3)      Les autres

- « les autres (m’ont forcé) » èBrodeck se distingue des autres (à l’écart) ; mais dit parfois « nous » (+ « notre village »)

= les habitants du village ; les seul désigné plus précisément, c’est « le Maire » ;

; il a peur d’eux (il est sous leur surveillance ; il se sent menacé)

- « Ils n’ont rien voulu savoir » : bornés, intransigeants.

- Brodeck sait les mots ; eux non

 

III – Pacte de lecture et accroche

  1) De quoi parle Brodeck ?

=> ambiguité sur le statut du texte que nous lisons

Projet : rendre compte (rapport) de l'Ereigniës. Commande formulée par les autres. Raison ppale : relater les évts, se justifier, prouver son innocence (celle des habitants du village) ou tout au moins sa non culpabilité

Lisons-nous ce fameux « rapport » (cf titre) ? Etonnant dans le sens où un rapport s'avère en général objectif. Or ici les marques du discours, les appréciations, les jugements sont nombreux et les références à l'Ereigniës sont pour l'instant loin d'être explicites !

On note aussi les tournures orales de l'écriture qui rendent le texte vivant et qui authentifient le fait que ce que nous lisons est bien une sorte de journal, un projet en train de se construire, qui va de l'avant sans plan préétabli, sans recherche stylistique particulière...

2) D’un système de référence (celui de Brodeck) à un autre (celui qu’a besoin de se construire le lecteur pour suivre)

 

3) Susciter le mystère, suspense

L'étranger est au coeur d'un événement énigmatique esquissé dans l'incipit (suspense) :

« ce qui venait de se passer » (situe le tps de l'énonciation par rapport à l'un des sujets du livre : le meurtre de l'anderer : le rapport de Brodeck est rédigé peu de tps après le meurtre), je n'y suis pour rien », « disons l'évènement, le drame ou l'incident », « Ereigniës = la chose qui s'est passée », « l'inqualifiable ».

=> événement douloureux (CL douleur), indicible (cherche ses mots, pts de suspension, recours au dialecte) et énigmatique qu'il faut relater.

 

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