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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:05

 

2) Souvenir(s) du camp

 

Lecture analytique : Chap IX : Le choix du pendu et la Zeilenesseniss

de « Au bout du chemin et au bout de ma course, il y avait l’entrée du camp » (79) à « Die Zeilenesseniss : « la Mangeuse d’âmes ». » (82)              ( =  102 lignes )

 

 

Pistes de lecture : è Un saisissant rituel macabre ( è registre dramatique )

 

è Un rituel macabre

- étudier la progression du texte, son rythme, sa disposition ( =  le rituel se met en place petit à petit ;  il y a comme une mise en scène )

 

- Composition du texte : lente progression thématique , comme pour ménager le suspens (de la découverte d’une vision d’horreur, d’un spectacle insoutenable, cruel et « inhumain » ; informations fournies au compte-goutte, méticuleuse

è cf 1er § : «  entrée du camp » ( l. 2)  èd° du portail « joliment ouvragé » ( 3) (+)  ( comp à l’entrée d’un « jardin d’agrément » (+) )  è  deux guérites « peintes de rose et de vert pimpant » (5)  (+)  èun gros crochet «  brillant » (7) / « semblable à un crochet de boucherie » (8) ( - ) è« un homme s’y balançait » (9) ( (+)  ? ; (-) ? ) è énumération (10-12) (-) décrivant l’homme qui « se balance », sans jamais dire explicitement qu’il est mort ( « homme » = cadavre ) è compassion / émotion : « un pauvre gars qui nous ressemblait comme un frère » (12-13) èpancarte dans « leur langue, la langue des Fratergekeime*  qui avait jadis été le double de notre dialecte » (15-16) [en opposition avec l.13 : les « frères » d’infortune, d’un côté ; de l’autre, les bourreaux, qui n’ont de Frater que le nom + les deux langues étaient proches, « jadis » ; l’une est devenue ignoble …] è « Ich bin nichts » (17) [= renvoie à la dédicace de départ / citation de V. Hugo dans le bien-nommé Rhin = marque  physiquement la frontière entre la France et l’Allemagne] è« Le vent le faisait bouger un peu » (17-18)  = écho à la ligne 9 + nouvel euphémisme / sous-entendu è 3 corneilles (18) ( sorcières, oiseaux de mauvais augure) = s’ajoute à la dimension macabre de la scène. ( « yeux » comme « friandises » (19) : (+) è (-) …)

 

( * Fratergekeime : pa traduisible tel quel ; on pense à la Geheime Feldpolizeiou GFP était, pendant la Seconde Guerre mondiale, l'équivalent allemand de la sûreté française aux armées è chargée d’assurer la sécurité des forces armées ; spécialisée dans la lutte contre la Résistance. ( Gestapo = Geheime Staatspolizei) )

 

- Cette progression se poursuit, d’un paragraphe à un autre, durant tout ce passage :

è § 1 = description de l’entrée du camp => du pendu

è § 2 = coment, chaque jour, est choisi un nouveau pendu

è § 3 = le 1ersupllice du pendu, en attendant la Zeilenesseniss

è § 4 = qui est la Zeilenesseniss ( = femme du directeur)

è § 5 = lentre arrivée de la Zeilenesseniss , d’une « inhumaine beauté » (51-52) au milieu des sous-humains ( « un autre monde que le sien » (67) )

è § 6 = la Zeilenesseniss et son enfant (berceuse)

è § 7 = le pendu « Du » est bercé et l’enfant s’en balance [ou quelque chose comme ça … ^^]

 

- caractère répétitif ( et duratif) de la situation

 

è  indices de tps : « tous les jours » (20) ; usage de l’article défini ( à valeur générique, ici):  « le matin » ( 21) [= chaque matin] ; « la nuit » (24) [id. ] ; « la vidtime du jour » (80) ; « parfois » (27) / « D’autres fois » (28)

 

 

è imparfait à valeur itérative : « les gardes nous sortaient des cabanes » ( 22-23 ) ; «  nous faisaient mettre en rang » ( 23-24 ) ; etc …

 

+ nbreux termes indiquant que le supplice s’étire dans la durée (verbes, adverbes, etc) : «  nous attendions (…) longtemps » (25) ; nous attendions ( 26) [ notez la répétition ; pour souligner le caractère interminable de l’attente, qui se prolonge] ; « nous devions attendre debout » (30) ; « Les parties s’éternisaient » (31) ; « Le garde prenait son temps » (35) ; « attendaient que la Zeilenesseniss arrive » (48-49)

 

èmécanique bien rodée , qui se répète de façon effrayante = engendre une totale absence de réflexion face à une mort absurde ( choix arbitraire ; cruauté banalisée,

 

 

è La mère et son enfant

- étudier le portrait qui nous est donné de la Zeilenesseniss et son enfant ( = quelle(s) idée(s) se fait-on du personnage ?)

 

Là encore, c’est la progression thématique qui rend le portrait de la Zeil frappant :

- la description en elle-même se développe sur 2 §§ :

è « inhumaine beauté » ( oxymore ?...) (51-52) ; « excès de blondeur et de blancheur » ( 52 ) = quelque chose de négatif sous la beauté parfaite.

- se confirme au paragraphe suivant : « Elle avait des habits propres » (61-62)  « impeccablement coiffée, vêtue » (62) ; « fraîche ( + énumération de termes plutôt (+) ) , un parfum de glycine » ( 57-59), mais aussitôt après, glycine associer à « vomir » et « pleurer » è antihèse.

 

+ « nous avions ordre sous peine de mort de ne pas croiser son regard » (54-55) = dimension mythique (fait penser à la Gorgone Méduse, au regard qui tue)

( + remarque de Thomas : « elle arrivait lentement » (57) è fait penser à un fantôme)

è à la fois objet de fantasme et fantasmagorie ( « nous appartenions à un autre monde que le sien » (66-67).

Cette femme parfaite est perverse est dangereuse, car elle provoque (mais toujours indirectement) la mort.

è è on comprend que cette perfection relève, elle aussi, du cérémonial pervers : La Zeil se fait belle pour ajouter encore à l'humiliation des prisonniers.

è On peut voir dans ce passage (fictif) l’évocation (devenant presque poétique ; et symbolique » du mythe du Sur-Homme nietzschéen ( « Über-Mensch » è dune « inhumaine beauté ») , face aux sous-hommes (réduits à l’état animal, et même en dessous), représentés ici par les prisonniers du camp ( remarque Brodeck – et Claudel – n’écrit jamais Juif ; à peine le suggère-t-il par endroits …)

[Le Sur-Homme de Nietzsche, a été repris sorti de son contexte et honteusement modifié par l’idéologie nazi. Ne faites pas de Nietzche le précurseur du nazisme !... Pour Nietzsche, le Sur-Homme « ne doit pas se soucier des hommes, ni les gouverner : sa seule tâche est la transfiguration de l’existence » = idée de l’accomplissement de la Volonté de puissance humaine, qui permettrait de surmonter le nihilisme ( « Ich bin nichts » (17) ) , déjà très présent à l’époque : Le nihilisme (du latin nihil, « rien ») est un point de vue philosophique d'après lequel, le monde (et particulièrement l'existence humaine) est dénué de toute signification, tout but, toute vérité compréhensible ou toute valeur. Face à cela, Nietzsche cherche donc ce qui pourrait donner sens à l’histoire et un but à l’humanité. Le Sur-Homme serait alors, toujours selon lui, une sorte de « César avec l’âme de Jésus », un aristocrate par exellence, solitaire et magnanime, infiniment éloigné du troupeau majoritaire]

 

Non seulement la Zeil se veut parfaite, mais, bien sûr, son enfant représente l’Espoir dans l’Avenir Parfait tel que le concevait le IIIe Reich ( qui se voyait déjà durer pendant mille ans !...)

è nous permet de mieux comprendre la berceuse ( « La main des hommes sur toutes choses » (75) ) et entrevoir ce que la Zeil cherche à transmettre, dès le berceau, à son nourrison ( qui se nourrit d’un spectacle atroce, sans éprouver le moindre signe de compassion è « pleurait un peu, moins de peur sans doute que parce qu’il avait faim et réclamait sa tétée » (93-94)

è « toujours calme » (78  +  70 (« elle le berçait calmement ») ; 95 (« s’en allait calmement »)

 


è è  On pense qu'il est comme sa mère indifférent; dimension chrétienne inversée (la vierge et l'enfant) --> le tout forme une sorte de spectacle plutôt diabolique.

Scène surréaliste car Z chante une berçeuse sur un monde utopique alors que après l'execution le monde est noir.

Opposition entre la description méliorative de Z et sa satisfaction perverse devant le spectacle offert : en même temps qu'elle vient de donner la vie (à son enfant), elle se délecte de la mort ( des autres ; ceux qu'elle et ses congénères considèrent comme des sous-hommes .
On peut croire qu'elle se fait belle pour ajouter encore à l'humiliation des prisonniers.
Z = élément de fascination ==> "inhumaine beauté" ; élégante ==> femme fatale ( ce qu'on appelle aussi une "vamp")


Mangeuse d'âmes = mangeuse d'hommes.

 

è Un saisissant effet de contraste

- étudier tout ce qui oppose (dans leur situation et leur attitude) les victimes et les bourreaux ( mais peut-être aussi ce qui les réunit, sur certains points …)

 

* attente interminable des prisonniers,  tandis que les soldats prennent leur temps (pour jouer aux dés ; pour choisir le « Du ») et que la Zeil avance « lentement » et que son fils est « calme ».

èprécipitation et abrutissement des prisonniers (on leur fait répéter chaque jour les mêmes gestes, les mêmes actions, jusqu’à ce que cela devienne mécanique et vide de tout affect, de toute pensée ; cf Primo Lévi)

 

* Zeil « impeccablement coiffée, vêtue » (62 vs « nous, à quelques mètres, mangés de vermine dans nos haillons qui n’avaient plus ni formes ni couleurs, la peau crasseuse et puante, les crânes rasés et crouteux, avec nos os qui tentaient de nous trouer de toutes parts » (63-67) è antithèse évidente, pour mieux marquer l’humiliation que la Zeil cherche à faire subir aux prisonniers ; la distance entre l’une et les autres (sous peine de mort)

 

* Deux représentations / cérémonies s’opposent : Le pendu qui n’est rien ( sans passé ; anonyme ; sans espoir d’avenir ; juste condamné à creuser sa tombe) vs La mère et l’enfant

è « petits gestes très tendres » (79) à l’égard de l’enfant  vs  « simple geste du menton » (82) pour donner l’ordre que débute la pendaison

è « gigoter avec ses petits bras et ses petites cuisses, baîller au ciel » (81) pour l’enfant « le corps du « Du » chutait,vite retenu par la corde. (85-86) [il « gigote, lui aussi …]

è « tressautements, des bruits de gorge, des pieds lancés dans le vide à la recherche du sol, des brutis goitreux des intestins qui se vidaient » (88-90)  vs  « il avait faim et réclamait sa tétée » (94) [ = ai-je besoi de préciser ?... bon, d’accord : tandis que l’un se vide les intestins, l’autre réclame de se remplir le ventre èrappelez-vous les cochons d’Orschwir : « Ventre et cœur unis » (p 38) ; « ils broient, ils avalent, ils chient, ils recommencent indéfiniment » ( p 51) ; « Ils ne connaissent pas le remords. Ils vivent. » (p 51)

 

- Ce qui rapproche ce petit monde (à la rigueur) ?

è (après le choix du « Du ») « Nous autres, tous les autres, au fond de nous, on sentiat naître une joie folle, un bonheur laid [= oxymore] (…) qui permettait de tenir, de tenir encore ». (37-41)

 

            è peut déjà faire écho au « chapitre du train »  è« Notre geste, c’était le grand triomphe de nos bourreaux » (355) . Primo Lévi, bien sûr, en a dit tout autant ( sauf que dans Si c’est un homme, c’était « pour de vrai ». Vers où se porte votre préférence : le témoignage (vrai) ou la fiction ?...)

 

 

 

                        è Le « jeu » de la sélection et de l’humiliation ( très proche de ce qu’a décrit Primo Lévi dans Si c’est un homme ).

 

Prolongements :

Chap III : Chien Brodeck  de « Ceux qui nous gardaient » (p.30) à la fin du chap (p.31)

Chap XIV : Scheizeman (116-118)

Chap XVI : libération du camp et mort de la Zeilenesseniss (137-144)

Extraits de Si c’est un homme de Primo Lévi

 

 

 

 

2) Souvenir(s) du camp

 

Lecture analytique : Chap IX : Le choix du pendu et la Zeilenesseniss

de « Au bout du chemin et au bout de ma course, il y avait l’entrée du camp » (79) à « Die Zeilenesseniss : « la Mangeuse d’âmes ». » (82)              ( =  102 lignes )

 

Pistes de lecture : èUn saisissant rituel macabre ( è registre dramatique )

 

è Un rituel macabre

- étudier la progression du texte, son rythme, sa disposition ( =  le rituel se met en place petit à petit ;  il y a comme une mise en scène )

 

 

è La mère et son enfant

- étudier le portrait qui nous est donné de la Zeilenesseniss et son enfant ( = quelle(s) idée(s) se fait-on du personnage ?)

 

 

è Un saisissant effet de contraste

- étudier tout ce qui oppose (dans leur situation et leur attitude) les victimes et les bourreaux ( mais peut-être aussi ce qui les réunit, sur certains points …)

 

 

Prolongement possible

 

                   è Le « jeu » de la sélection et de l’humiliation ( très proche de ce qu’a décrit Primo Lévi dans Si c’est un homme ).

 

Prolongements :

Chap III : Chien Brodeck  de « Ceux qui nous gardaient » (p.30) à la fin du chap (p.31)

Chap XIV : Scheizeman (116-118)

Chap XVI : libération du camp et mort de la Zeilenesseniss (137-144)

Extraits de Si c’est un homme de Primo Lévi

 

 

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