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6 avril 2014 7 06 /04 /avril /2014 19:21

L’ILE DES ESCLAVES – LECTURE ANALYTIQUE : Début de la scène 1

Du début de la pièce à « le gourdin est dans la chaloupe » (p 23)

Si Le jeu de l’amour et du hasard est sans doute la pièce de Marivaux la plus connue, parmi ses pièces à caractère sentimental, L’ile des Esclaves est, quant à elle, au premier rang de ses « comédies philosophiques », auxquelles s’ajoutent d’autres pièces se déroulant elles aussi dans une île (comme pour mieux en souligner le caractère utopique …) : La Colonie (où les femmes ont le pouvoir … aïe aïe aïe), L’île de la Raison (où la sagesse finirait par l’emporter ; inimaginable …) et La Dispute (où l’on serait retourné aux premiers âges d’une Humanité idyllique … jusqu’à ce que la Coquette s’en mêle, et transforme ce paradis perdu en enfer promis …).

Alors que, dans la première pièce citée, c’est l’Amour (de sa naissance à son épanouissement total) qui est mis à l’épreuve, dans la seconde, ce sont les relations sociales, entre maîtres et valets des deux sexes, qui sont interrogées.

Dans une pièce assez courte (puisqu’elle ne se compose que d’un seul acte, long de 11 scènes), où l’on cherche aussi bien à divertir le spectateur qu’à le faire réfléchir, il va de soi que la scène d’exposition doit, en proportion, être assez rapide et aussi efficace que possible : il s’agit en effet d’informer clairement les spectateurs, mais aussi les personnages, de la situation présente, et de ce à quoi on peut s’attendre par la suite.

[Telle est la fonction du passage que nous allons lire, à présent]

[Lecture du passage]

Afin de mieux mettre en évidence en quoi le passage [dont nous venons de lire un extrait] est caractéristique d’une scène d’exposition [comme la question posée nous invitait à l’entreprendre] nous allons donc commencer par analyser la situation de cette scène, à travers le cadre spatio-temporel mis en place et le nom des personnages. Puis nous nous intéresserons plus spécifiquement à ces personnages, et aux relations qu’ils entretiennent, car celles-ci sont, d’emblée, liées à l’intrigue [comme nous le verrons => il faut savoir ménager un peu de suspens !...]. Pour finir, nous nous arrêterons sur le caractère hybride de cette pièce qui, dès le début, semble mêler plusieurs tons, plusieurs registres et, en fin de compte, plusieurs genres, même …

AUTREMENT DIT

(pour ceux et celles qui auraient encore du mal à tout comprendre …)

I / Situation, cadre spatio-temporel et noms personnages en présence

II / La relation entre ces personnages = un retournement de situation immédiat

III / Une pièce au caractère hybride : entre comique et tragique ?...

I / Cadre spatio-temporel et personnages en présence

- Situation initiale : l’échange (sous forme de dialogue) qui a lieu entre les deux personnages indique clairement ce qui vient de se produire (= juste avant que la pièce ne commence) :

« seuls échappés du naufrage » ( réplique 5) ; « tous nos amis ont péri » (idem)

« noyés dans la mer » (r 6) ; « notre vaisseau s’est brisé contre le rocher … » (r 7 => court disc diégétique permettant surtout d’informer le spectateur de la situation – que les pers en présence connaissent déjà, puisqu’ils en ont été les témoins directs … c’est donc bien à nous (indirectement – et artificiellement) que sont destinées ces « révélations »).

Nous verrons plus loin (partie II) que cette situation va évoluer rapidement, dès cette 1ère scène…

- Lieux : Le titre même de la pièce et la toute 1ère didascalie nous renvoient à un lieu typique : « l’île » ; si l’on en croit la 2nde indication scénique, le décor fournit une indication identique : « une mer et des rochers d’un côté » ( côté Jardin, sans doute ; mais aussi le côté sauvage, qui pourrait tout aussi bien correspondre au passé proche : les personnages, échoués sur l’île, sont venus de la mer, par bateau),

« et de l’autre quelques arbres et des maisons » ( côté Cour, probablement ; le côté civilisé, qui correspondrait au présent, au futur : les personnages se dirigent vers les maisons, pour y trouver refuge ; l’île est habité, par des êtres capables de construire des « maisons », ce qui est plutôt rassurant …)

De plus, dès la 3ème réplique, le terme d’ « île » est employé par Iphicrate. Ce même personnage précisera plus tard, mais assez vite*, qu’il s’agit de « L’île des Esclaves » (r 9)

( * comment peut-il le savoir si vite ? ils viennent tout juste d’arriver, dans des conditions difficiles, n’ont encore rencontré personne ; les panneaux indicateurs n’existaient pas encore … Quel élément du décor – puisqu’il ne peut s’agir que de cela – a permis à Iphicrate d’en tirer cette déduction ?...)

- Dans cette même réplique 9, juste avant en fait, la réflexion (nostalgique/désespérée) d’Iphicrate nous permet d’opposer « L’Ile des Esclaves » à « Athènes », son lieu d’origine.

Ce nom + celui de certains pers (Iphicrate, Euphrosine, Cléanthis) font davantage référence à la Grèce Antique qu’à la période contemporaine de Marivaux.

Se pose donc le problème du cadre temporel : à quelle époque situer l’action ? (NB : les costumes pourraient servir d’indication aux spectateurs modernes. Mais, à l’époque de Marivaux, tout comme au XVIIème siècle, on avait pour habitude de jouer avec des costumes « contemporains » ( = classiques), quelle que soit l’époque représentée …Ce n’est plus souvent le cas de nos jours).

La question est de taille, car selon sa réponse, le terme « esclave » n’est pas à comprendre de la même manière … au XVIIIème siècle : « esclave » = « nègre », originaire d’Afrique, envoyé en Amérique par le biais du commerce triangulaire (cf couverture POCKET Classiques) ; en Grèce Antique, le terme est alors l’équivalent du serviteur / valet du XVIIIème siècle [ce qui indique, tout de même, que les relations sociales entre dominant (dominus = maître de la maison) et dominé ( le domestique, l’employé de maison) ont évolué, en 23 siècles !... Chouette !]

L’onomastique ( = nom des personnages) vient confirmer l’idée que la scène se situe dans l’Antiquité [voir p 89 du dossier] : Iphicrate = « le pouvoir (crate) par la force (iphi) » ; Euphrosine : « joie et plaisir » (l’une des trois Grâces de l’Antiquité) [doit-on y voir la marque d’une ironie cinglante, de la part de Marivaux : la Grâce, ici, se transforme en Coquette ?...] ; Cléanthis : klé = « gloire, renommée » ; anthos = « fleur ».

[Nous verrons plus tard, en partie III, que les noms d’Arlequin et de Trivelin renvoient à une autre époque, une autre tradition théâtrale : celle de la commedia dell arte …]

Si tel est le cas, l’île dont il est question ici revêt alors un caractère proprement utopique : [voir détails dans le dossier ; not pp 193 et suivantes] ce « non-lieu » (u-topos) renvoie à une tradition littéraire qui puise ses sources chez Thomas More, au XVI ème siècle (pour le nom) et à Platon dans l’Antiquité ( pour le concept d’un lieu imaginaire dans lequel se constitue une société idéale. C’est Platon qui, le premier, semble-t-il, a évoqué l’Atlantide … éh oui … ce n’est pas Walt Disney !...)

  • La question qui se pose alors est de savoir pourquoi Marivaux a préféré situer son action dans un lieu et un temps autres (et, pourrait-on dire, autant utopique qu’atemporel (= sans référence temporelle réelle/précise) ?

Sans doute afin de se donner toute la latitude possible pour critiquer les moeurs de son temps et pour s’amuser un peu, aussi, avec le spectateur, qui ne peut pas être dupe de la situation réelle … Pour mettre en évidence que l’Antiquité n’est ici qu’un prétexte, il suffit d’observer comment Iphicrate et Arlequin se comportent l’un envers l’autre

II / La relation entre les personnages = un retournement de situation immédiat

-La relation inégale qui lie les 2 protagonistes est établie dès les 2 1ères répliques de la pièce : Iphi désigne Arlequin par son prénom (et lui donne un ordre …), tandis qu’Arl lui répond par un adj possessif, certes, mais surtout en utilisant un substantif marquant que celui à qui il s’adresse lui est socialement supérieur => l’un n’a que son nom pour lui ; l’autre a sa fonction …

- Par contre, ds la réplique 3, c’est le pronom perso « nous » qui est utilisé => les ho redeviennent égaux face au péril ( r 5 : « nos amis ont péri » ; r 9 : « ne négligeons rien pour nous tirer d’ci. [mais tout de suite après] Si je ne me sauve, je suis perdu)

- Par ailleurs, on voit bien que les 2 hommes réagissent différemment face à la situation : Iphicrate très inquiet (cf didascalies : entrée en scène et 1ère réplique) ; Arl, quant à lui, adopte une position plus stoïque, ,non dénuée d’ironie sans doute (r 4 : « Nous deviendrons maigres, étiques, et puis morts de faim ») => peut lui importe, pourvu qu’il ne meure pas de soif !... : r8 : « reposons-nous auparavant pour boire un petit coup d’eau-de-vie. J’ai sauvé ma pauvre bouteille, la voilà ; j’en boirai les deux tiers, comme de raison, et puis je vous donnerai le reste. » [les proportions s’inverses …]

=> On constate qu’Arl sait se contenter du peu qu’il a (du moment qu’il a sa bouteille ..) tandis qu’Iphi, ayant l’habitude de posséder plus, a bien plus à, perdre.

Mais une autre raison / révélation vient encore changer la donne et nous permet de mieux comprendre encore la vive inquiétude du maître : la fin de la r 9 : « nous sommes dans l’île des Esclaves » et les explications qui s’ensuivent r 11 (=> dble énonciation : révélations utiles pour Arl comme pour les spectateurs [on peut remarquer là l’artifice : comment Iphi a pu savoir si rapidement qu’il était sur l’Ile des Esclaves ; c’est assez peu crédible, quand on y réfléchit]

En tout cas, cette révélation de la r 11 peut être considérer comme une 1ère péripétie : elle induit un renversement de situation entre les 2 pers (Arl > Iphi) et se traduit par un chgt de comportement immédiat d’Arl ( surtt à partir de la r 16 et jusqu’à la fin du passage => à détailler).

De même, Iphi, qui jusque-là donnait des ordres, se fait à présent plutôt suppliant : r 15 (« cela ne suffit-il pas pour me plaindre ? »); r 25 « je t’en prie » + phr interrogatives (rr 15,19 et 21)

III / Une pièce au caractère hybride : entre comique et tragique ?...

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