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8 juin 2014 7 08 /06 /juin /2014 19:42

Trouvée sur le site du Lycée International (de Saint-Germain-en Laye, je suppose) de l'Académie de Versailles.

Elle est très bien faite ; je la recommande donc et remercie son auteur dont le nom n'apparaît pas.

Je crains de ne pas avoir le temps d'en faire une autre (qui ne serait pas forcément aussi bonne, d'ailleurs ... ;-) ). Alors autant, s' "inspirer" de celle-là ...

Apollinaire : Nuit rhénane

Introduction

Texte qui appartient aux 9 poèmes rassemblés sous le titre de Rhénanes ; poème qui sont inspirés par le séjour du poète en Allemagne (août 1901-août 1902), et plus particulièrement sur les bords du Rhin.

Apollinaire a découvert une source d’inspiration non seulement ds le Rhin et ses paysages, mais aussi ds les légendes germaniques (la Loreley, sirène du Rhin douée de pouvoirs enchanteurs ou maléfiques, ou les sept baigneuses du Rhin, et du romantisme allemand qui ont fait du Rhin un lieu de sortilèges – Heine- ).

Double aspect qui apparaît ds ce poème qui joue sur opposition entre réalité et légendes rhénanes.

Description (ne pas le dire ainsi, d’emblée, mais en tenir compte dans l’explication )

  • Alexandrins
  • 3 strophes + 1 vers
  • Rimes abab cbcb dede d
  • Remarque : sonnet, moins un vers
  • Rimes qui ne respectent pas toujours alternance masculines/féminines (batelier/repliées ; mirent/mourir/rire) : Apollinaire garde toujours une part de liberté.
  • Absence de ponctuation.

Titre : conjugue la nuit, espace du rêve et de l’irrationnel, moment favori des légendes fantastiques.

Rhénane renvoie au paysage du Rhin : poème sous le signe de la tension entre la réalité et la fable.

Composition : reflète la même tension :

  • 1er qu : le poète happé dans l’atmosphère fantastique des légendes du Rhin.
  • 2d quatrain : appel à une réalité quotidienne et rassurante.
  • 3ème quatrain : victoire de la magie et du fantastique
  • Dernier vers : retour au réel sur une image humoristique. Structure circulaire du verre au verre.

Registres : lyrique, fantastique et humoristique.

Ici, étude linéaire.

I- 1er quatrain : l’univers fascinant des légendes.

a)Le thème de l’ivresse

Il est présent :

  • dans le lieu : sans doute une taverne au bord du Rhin
  • Rhin célèbre aussi par vin blanc
  • Lexique verre, vin, , renforcé par « plein »
  • Vision vacillante et incertaine ; mouvement connoté par trembleur (et non tremblant : adj et non part présent, tremblement qui semble faire partie de l’essence même de ce vin), flamme, tordre, plus mouvement ondulatoire des longs cheveux.
  • Impression de mouvement vibratoire renforcé par
  • les sonorités : allitérations en v/f, et liquides l et r ;
  • le rythme ternaire du 1er vers ; enjambements sur l’hémistiche aux vers 1, 2 et 4.
b)Une atmosphère de mystère

Elle est donnée :

  • Par le moment : la nuit et sa lumière étrange : flamme, lune ; éclairage mystérieux ; mystère des nuits de pleine lune
  • Chiffre magique sept
  • Magie inquiétante
  • des cheveux trop longs (un hémistiche entier pour les évoquer)
  • de couleur étrange (lueurs macabres sous la blancheur de la lune, peuvent faire penser à des algues)
  • de ce mouvement violent et dément , tordre.
  • Impression de magie corroborée par le rythme lent
  • longueur de l’alexandrin renforcée par le double enjambement (v 2-3-4), et nombreuses consonnes nasales et voyelles nasalisées : effet d'écho tout au long de la strophe.
  • Lenteur renforcée par l ‘évocation de la « chanson lente »ds le vers 2,
c) Du réel à l’irréel

La strophe entière construite sur une mise en abyme.

  • Le « je » de poète (mon verre) et sa parole (écoutez : s’adresse à un interlocuteur, mais lequel ? nous ?) s’efface pour donner la parole à un autre narrateur
  • indéfini (un batelier) qui témoigne (raconte) d’un passé incertain : avoir vu (quand) .
  • Le poème se met donc à l’écoute d’un autre poème, qui est lui même le discours d’une hallucination présentée comme une réalité.
  • Etrange superposition du réel et de l’imaginaire née d’une ivresse nocturne.

II- 2ème strophe : l’univers rassurant du réel

a)Opposition entre les deux strophes
  • femmes/filles
  • cheveux longs et verts/ blondes aux nattes repliées : figure rassurante de la gretchen, figure d’ordre et de stabilité (regard immobile et nattes repliées)
  • geste violent (tordre)/ danser une ronde, terme aux connotations folkloriques et enfantines
  • mouvement vibratoire et incertain/ mvmt vertical (debout) et horizontalité rassurante du cercle (ronde)
  • sonorités qui martèlent la danse : lourdeur et martèlement rassurant des dentales t et d ainsi que des occlusives p et b.
  • rythme régulier des vers avec coupe à l’hémistiche.
b)Le sursaut du poète pour échapper à l’irrationnel
  • mouvement de sursaut souligné par debout, ainsi que par la reprise de parole par le poète.
  • Parole d’ailleurs injonctive : valeur injonctive du 1er mot debout, verbes à l’impératif, chantez, mettez, valeur injonctive du subj que je n’entende plus: sursaut et appel à l’aide, appel à la vie contre les forces de mort (chant et danse)
  • Appel à un univers protecteur que dessine la figure du cercle (ronde) et « près de moi » plus hyperbole (toutes les filles) : désir de surpasser l’envoûtement par la force du quotidien : plus de filles que de femmes, chant « plus haut ».
c)Fragilité de cet appel
  • Passivité du poète : parle mais n’agit pas (« mettez près de moi »)
  • Regard immobile qui connote bêtise, sans grand attrait par rapport aux sept femmes entrevues.

III la victoire de l’irrationnel

a) Amplification cosmique de l’ivresse

Elle s’étend en effet à tout le paysage :

  • du verre au Rhin ; il semble absorber toute l’ivresse potentiellement contenue ds les vignes. Ivresse rendue ds le 1er vers par rythme et sonorités :
  • répétition « le Rhin » signe de fascination et d’ivresse (voit double, ou plutôt ne peut en détacher son regard, ou bégaie sous influence de l’ivresse) ;
  • rythme : de nouveau enjambement à l’hémistiche aux vers 9 et 10
  • sonorités : jeu d’écho sur le [R) [i] [v] renforcé par le chiasme sonore « le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent » : RRIV/ VIR ; ce chiasme donne une illustration sonore du jeu des reflets.
  • En effet l’univers bascule dans l’irréel : ce n’est pas le paysage réel du Rhin et des vignobles qui est évoqué mais son reflet (se mirent, refléter).
  • Passage aussi de la « flamme » à « l’or des nuits » ; superbe métaphore lumineuse qui fait écho au titre de l’opéra de Wagner L’Or du Rhin. Passage significatif aussi du sing nuit au pluriel, amplifié par l’adj « tout » : « tout l’or des nuits ».
  • Reprise et amplification de l’idée de mouvement : « tombe en tremblant » : reprise de trembleur dans un immense mouvement de bascule, amplifié par allitération en [t] et le rythme trimètre de l’alexandrin (v 10).
c) Victoire du surnaturel
  • Annoncée par le passage de la réalité à son reflet
  • Disparition du batelier, qui appartenait à l’univers réel ; il n’en reste qu’une « voix » désincarnée ; chant lancinant et obsédant (toujours + force du présent)
  • femmes sont devenues fées
  • Chant devenu incantation, ie chant à force magique dont la puissance s’amplifie ds le temps : passage de la nuit à la saison (l’été)
  • Rythme lent renforcé par enjambement 11-12
  • Sonorités nasales et fricatives : force insinuante du chant ;
  • Echec de l’appel aux forces de vie de la seconde strophe : triomphe de forces morbides
  • annoncé par le vert des cheveux
  • et repris ds l’expression « râle mourir » aux sonorités déplaisante ; force de l’invention de terme qui connote doublement douleur et mort ; idée de souffrance souligné par sonorités en [i] particulièrement fortes à la rime.

IV- lLe dernier vers : poésie et surnaturel

a)Victoire des forces de mort
  • Eclatement du verre peut apparaître comme une victoire du maléfice, accomplissement du sortilège, qui s’empare du réel ;
  • Tournure pronominale « s’est brisé » renforce le mystère.
  • Verre qui était le premier élément de réalité évoqué ; réalité qui vole en éclats
  • structure circulaire du poème, enfermé dans ce verre, montrerait impossibilité de sortir du maléfice ?
b)Une victoire sous le signe de la dérision
  • Jeu de mots éclat de verre/éclat de rire ; comparaison fondée aussi sur bruit cristallin du verre qui se brise qui peut rappeler un rire léger. A moins qu’il ne s’agisse d’un rire maléfique. Néanmoins le poème se termine sur ce terme joyeux qui s’oppose fortement à « mourir » à la rime et semble en triompher…
  • Verre brisé peut marquer aussi un retour au réel. En effet vision est née du verre et sans doute se brise avec lui : structure circulaire du poème qui l’enferme ds un mvmt d’ivresse. C’est le seul moment dramatique du poème.
c)Du verre au vers
  • Poème qui peut s’interpréter comme jeu sur l’ambiguïté verre/vers/vert, et une métaphore sur la création poétique, un jeu et une réflexion sur la poésie.
  • Le sonnet potentiel se brise d’ailleurs sur ce vers et ne se poursuit pas : le vers se brise
  • Ivresse qui peut être métaphore de l’inspiration poétique qui puise davantage ds l’irrationnel et l’étrange et non ds des sources classiques (beauté classique des jeunes filles blondes ; opposition apollinien/dyonisiaque)
  • Ivresse poétique créatrice d’images et de termes nouveaux
  • La poésie nouvelle a une force incantatoire : elle est une force d’enchantement du monde, elle suscite une nouvelle vision du monde, supérieure à la pure évocation de la réalité.
  • Il s’agit pour le poète de voir au-delà de la réalité (non pas le Rhin mais dans le Rhin). Cf Baudelaire : « Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or » ; thème de l’or ici repris ; Cf « tous les mots que j’avais à dire se sont changés en étoiles » (les fiançailles).
  • Notons que ce poème est un des premiers poèmes d’Apollinaire, qui se démarque de ses premiers poèmes d’inspiration symboliste.

Conclusion

  • Poème de facture assez traditionnelle, qui combine le réel et l’imaginaire.
  • Audace néanmoins ds l’invention verbale, le jeu des images et des combinaisons rythmiques et sonores.
  • Poème qui peut être lu comme métaphore de la fonction poétique : l’inspiration doit être cherchée, au-delà de l’expérience du réel, dans la rupture avec les formes anciennes et une certaine ivresse créatrice.

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