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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 14:07

 

Lecture analytique n° 4 : Chap XXXI : L'apologue des Rex flammae

de « Alors ? » finit-il par dire. » ( 274) à « L’unique morale qui prévaut, c’est la vie. Seuls les morts ont toujours tort. » » (276)

 

Pistes de lecture : è Un apologue naturaliste

 

Situer le passage

 

Chapitres XXX à XXXII = période de l’Occupation ( du village ) ; perçue à travers 3 situations différentes ( è gradation)

è Chp XXX = début de l’Occupation : installation des Fratergekeimen ; éxécution de Cathor, pour l’exemple, suivi d’un grand discours de Buller è  C° : « Purifiez votre village »

Peur comme moyen de pression (efficace)

è Chp XXXI = Apogée de l’Occupation : Collaboration. Comportement très correct des soldats à l’égard des habitants. Convocation d’Orschwir et Diodème sous la tente de Buller.

( sera suivi d’une réunion de l’Erweckens’Bruderschaf  et de la déportation de Brodeck et Frippman)

è chp XXXII = fin (déclin) de l’Occupation : le comportement des soldats se dégrade è viol suivi du meurtre de 3 jeunes filles étrangères ( + Emélia ) = scène d’horreur / de barbarie

 

è Avantage de la fiction  ( sur la réalité historique)

 

- Condenser en quelques pages et de façon assez claire une situation que la réalité rendrait plus confuse, plus diluée dans le temps (et l’action)

- Personnages et situations sont emblématiques, exemplaires : ils sont un échantillons et deviennent symboliques d’autres personnages et situations vécues « réellement » durant cette période. Ce que l’on nous dit là de ce qui s’est passé entre Buller, Orschwir et Diodème aurait pu se passer de la même façon partout ailleurs, avec d’autres hommes qui leur ressemblent ( = portée universelle du roman / de ce passage)

è éclairer la période de l’Occupation / la Collaboration ; lui donner un sens, une signification

 

è si ça ne s’est pas réellement passé comme cela, ça y ressemble et, par le biais de la fiction ( = l’auteur organise son récit, et donc la succession des événements, comme il le veut) cela prend tout son sens.

 

Composition du passage :

 

- 3 parties distinctes : 1) Avant le discours ( ll 1-31) ; 2) le discours en lui-même ( 32-70) ;

3) conclusion du discours ( 71-78)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

è Une scène d’occupation : lâcheté des délateurs vs perversité sadique du dominateur tout-puissant : comment se « traduisent » ces différentes attitudes ?

 

- 3 personnes en présence : le capitaine (Adolf) Buller = l’occupant ; omnipotent + 2 notables du village : Orschwir = potentat local ( pouvoir limité depuis l’arrivée des Fratergekeime) et Diodème ( instituteur ; caution intelectuelle).

 

            è Orschwir et Diodème : comportement de dominés ( è soumission ; peur ; lâcheté )

 

- Orschwir différent de sa figure habituelle : « lui d’ordinaire si sûr » (16) ; « homme riche et puissant » (18) è « se tassa, ses épaules s’affaissèrent » (27) ; « suaient à grosses gouttes. » (73)

- cela se ressent dans son propos : « C’est que … capitaine … Nous … Nous n’avons pas très bien … compris » (24-25) èmarque l’hésitation, le trouble ; cherche ses mots, alors que d’habitude « les paroles clquent souvent comme des coups de fouet, que rien n’impressionne » (16-17)

+ « se mit à bafouiller, à perdre tous ses moyens » (19) ; « voix étranglée » (8) ; « ouvrit grand la bouche, ne sut quoi répondre » (2-3)

- mais, au moins, fait preuve de « courage » (7) , « un effort trop violent » (28)

 

- tandis que Diodème lui sert en quelque sorte de faire-valoir : son comportement trahit la lâcheté : « qui ne parvenait pas à déglutir » (3-4) ; « qui cercha à éviter ses yeux et baissa la tête » (15), alors même qu’Orschwir souhaitait prendre appui sur lui, l’incite à parler : « regarda Diodème » ( 2 x : 3 ; 14) 

 

            è finalement, le seul mérite de Diodème, c’est d’être présent dans cette scène, et d’en rendre témoignage, plus tard, à Brodeck, par l’intermédiaire de la lettre ( èdans laquelle, donc, Diodème se dévalorise, avec une sincérité inutile, mais qui pour lui vaut confession)

 

            è Buller : comportement dominateur

 

- « sourire » (9) ; « petit rire » (29) = volonté de manifester qu’il est à l’aise, contrairement aux 2 autres.

- s’adresse à eux avec mépris et ironie : « Alors ? » ( 2 x : 1 et 5 ) = sonne comme une injonction ; « De quoi donc voulez-vous que je parle ? » (11-12) = les prend pour des idiots en suggérant que la chose devrait être évidente.

- « commença à marcher dans sa tente » (29) alors que les 2 autres restent assis et immobiles (comme paralysés) è là encore, signe de domination sur eux.

- « caressait sa cravache avec des manières de femme » (22-23) suggère la perversité masochiste du personnage, et peut être opposé à « les paroles claquent souvent comme des coups de fouet » (16-17) (en temps ordinaire, avec Orschwir)

- autre opposition marquante entre les 2 : « créature en uniforme, qui faisait presque la moitié de sa taille à lui, cet homme minuscule affublé d’un tic grotesque » (20-22) è souligne encore qu’il y a là un renversement de situation.

 

            èpassage qui introduit l’apologue utilisé par Buller pour convaincre Orschwir et Diodème, et, à travers eux, les autres notables du village, de sacrifier ceux qui ne sont pas assez « purs » aux yeux des Fratergekeime. Nous permet de mieux comprendre (mieux imaginer) dans quelles circonstances exactes le discours a été prononcé, dans quelle(s) intention(s) et pour quel(s) effet(s)

 

 

è L’apologue des Rex flammae : un discours avec argumentation indirecte ( de la considération générale à l’exemple) débouchant sur une morale ( pour dire, paradoxalement, que la morale ne sert à rien …) , une leçon de chose.

 

- Apologue = récit ( èdimension narrative ) à visée morale ( è dimension argumentative)

è Buller cherche à convaincre ses interlocuteurs, dans l’intention qu’ils agissent selon sa volonté. Pour cela, emploie un moyen détourné :

- commence par poser une question, inattendue et en apparence anodine : « Avez-vous déjà observé les papillons (…) ? Non ? Jamais ? Dommage … Très dommage ! » (34-35) = ton de la conversation badine ( en apparence, on a changé de sujet …)

- semble raconter sa vie : « Moi, j’ai consacré ma vie aux papillons. » (35-36) ; « j’ai voué mon existence entière aux papillons » (38-39)

- devient lyrique : « somptueuses et fragiles créatures » (42)

- insiste aussi, au passage, sur son  don d’analyse exceptionnel : «  peu de gens [sous-entendu : « contrairement à moi »] sont capables de s’en rendre compte. » (40)

- et, enfin, en arrive à son réel sujet : la visée morale de son discours (et de ce qui va suivre) : « on en tirerait des leçons extraordinaires pour l’espèce humaine ». (42-43)

è en naturaliste (et entomologiste) qu’il est, Buller va livrer une leçon de vie ( adaptable selon lui, et l’idéologie nazie (cf documents annexes) à l’ensemble des « races » humaines.

=  l’exemple des Rex flammae  et leur comportment social : semblent faire preuve d’une solidarité admirable en accueillant au sein d’une groupe des papillons étrangers, mais les sacrifient dès le premier danger venu èinstinct de survie et de préservation ( dès lors qu’un danger se présente, qu’il y va de l’intégrité de leur groupe [=  préservation de la « race »] et de sa survie, ils n’hésitent pas à sacrifier celui qui n’est pas des leurs » (67-70)

- a pris soin de signaler qu’il s’agit là d’ « un comportement qui, au premier abord, paraissait sans fondement, mais qui après de multiples constats se révéla parfaitement logique » (46-47) + « intelligence remarquable » (50)

ètout ceci est, bien évidemment, lourd de sous-entendus = analogie douteuse et répugnante ( = logique nazie) :  sous-entend que la comparaison entre les êtres humains et le règne animal va de soi, et qu’il est « parfaitement logique » de sacrifier des vies « sans hésiter », sans émotion et sans humanité.

- Finalement, l’humain, en cela, serait inférieur à l’animal ( pas aussi « intelligent ») : lui, hésite, à des scrupules, voit en l’autre (même un « sous-homme ») un homme, un frère ; pour tout dire, a une morale.

è«  Certains esprits bornés trouveraient-ils que le comportement de ces papillons manque de morale » (74-76) ; mais il n’y a que dans les fables que l’on fait rimer morale et monde animal !...

« qu’est-ce que la morale, et à quoi sert-elle ? » (76) = cynisme du régime nazi èmettre de l’ordre, tout régimenter, mais en rejetant toute morale. (on pourrait renverser la question : qu’est-ce que l’homme, sans morale ?...)

« L’unique morale qui prévaut, c’est la vie. Seuls les morts ont toujours tort. » (77-78)

 

On pourrait faire remarquer que cette « morale immorale » traverse tout le roman, et que Brodeck l’a faite sienne ( cf, par exemple, pp 30-31 ; paragraphe dans lequel on trouve « Tous sont morts. Moi, je suis vivant. ».

Mais Brodeck a acepté de devenir « Chien Brodeck », d’en être réduit au rang d’animal ; de tuer plus faible que lui, pour rester en vie. Kelmar s’est suicidé, rongé par sa conscience (= ce qui lui restait de morale) ; par Brodeck : « Moi, j’ai choisi de vivre, et ma punition, c’est ma vie. » ( p 355).

Punition, parce que sa vie devient comme un enfer. Pas de rédemption possible.

Sauf à se confesser. A retrouver du sens, à retrouver l’humanité, à se définir à nouveau une morale.

A travers sa rencontre avec l’Anderer, peut-être.

Par l’intermédiaire de l’écriture, surtout : à restituer son histoire, il se reconstitue, se confesse et se retrouve, à  nouveau, neuf face à lui-même. Prêt à recommencer une nouvelle vie.

Parce qu’écrire, ça sert aussi à cela !...

 

 

En conclusion :                                                                        

è apologue efficace puisqu’il sera suivi d’effet : « Ils soupesèrent les mots du capitaine. Ils comprirent ce qu’il y avait à comprendre, ou plutôt, ils comprirent ce qu’ils voulurent bien comprendre. Ils se persuadèrent qu’eux étaient ces Rex flammae, ces fameux papillons dont avait parlé le capitaine, et qu’il leur fallait pour survivre écarter de leur communauté ceux qui n’étaient pas de leur espèce. » ( page suivante = p 277) [assez curieusement, Brodeck – et non Claudel, qui ne commettrait pas cette erreur – parle du « monologue d’Adolf Buller » … ( p 277 toujours)]

 

 

Prolongements :

chap V : les 3 âges de la vie des cochons ( 50-51) ;  chap XXXVIII : le conte du petit tailleur Bilissi

L'argumentation indirecte (dans Brodeck)

 

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commentaires

Garcia $$$$$ 05/01/2016 14:35

ELLES SONT SEXY LES MEUFS DES PUBS =D

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