Partager l'article ! Dom Juan de Molière : Lecture Analytique n° 3 - Acte III Scène 1: DomJuandeMolière :LectureAnalytiquen°1 Act ...
DomJuandeMolière :LectureAnalytiquen°1
ActeIII Scène1
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Dialogue entre le valet et son maître mais où la situation est inversée : Sg cherche à savoir si DJ croit en Dieu
I/Un valet ridicule (en quoi ce passage apparaît-il comique ?)
II/L'argumentation (Peut-on parler d'un dialogue argumentatif ?) |
I/Un valet ridicule (en quoi ce passage apparaît-il comique ?)
a) Parce qu'il se prend au sérieux
Importance de la mise en scène : Sg se sent fort parce qu'il est habillé en médecin + liberté de parole permise par la relation maître/valet particulière entre les 2 hommes.
Il profite d'un temps mort. Sujet grave et important qui n'est a priori pas comique : savoir si DJ croit en Dieu. Sg veut le convaincre de l'existence de celui-ci.
Grandiloquence dans le discours, il s'écoute parler et se prend pour qqn d'important : oppositions lexicales entre l'abondance de négations (« point, personne, jamais » + valeur négative de "petit") et les termes mélioratifs (« mieux, tous, vois, comprends ») ; nombreuses énumérations ; hyperboles ; « grands mots » : il joue au savant.
Tellement sûr de lui qu'il se lance dans une longue tirade argumentative.
b) alors que son discours est assez creux : incapable de construire une parole cohérente
Sa tirade argumentative n'en est qu'une parodie : elle n'aboutit à rien, ne mène nulle part. Il s'enlise.
Les exemples choisis sont ridicules et enfantins : « champignons », acte sexuel...
Les arguments et le raisonnement sont douteux: Il fait en quelque sorte l'éloge de l'ignorance. Il défend une sagesse innée (le « bon sens »), + authentique pour lui que la science (« l'arithmétique ») car celle-ci peut aveugler : paradoxe puisqu'elle est censée éclairer le monde, aider à le comprendre !
Sa vision de la foi s'apparente plus à la superstition qu'à la religion : il évoque « le moine bourru » grâce à un présent de vérité générale + superlatif associé à l'idée de vérité (« il n'y a rien de plus vrai que le moine bourru »). Les adversaires de molière ont bien vu la malice de Molière ici : la foi est défendue par un valet ignorant, ridicule et superstitieux
c) parce que sa gesticulation est grotesque : mise en scène
Le jeu de scène peut montrer l'énervement progressif d'un Sg à court d'argument devant l'impassibilité de son maître.
Ce personnage a l'apparence (déguisement demédecin) et fait illusion un peu au début mais se discrédite rapidement (l'habit ne fait pas le moine). Mise en abyme, théâtre dans le théâtre.
Opposition entre la diction pompeuse, les « gds mots », l'habit de médecin et l'argumentation incohérente provoque le rire : registre comique. Opposition aussi avec la longue tirade parfaitement maîtrisée de DJ I, 2 : Sg tente d'imiter son maître mais n'y parvient pas.
Chute finale : matérialisation scènique d'un discours qui tourne en rond, hésitations. La chute de l'orateur illustre physiquement celle de la tirade.
II/L'argumentation (Peut-on parler d'un dialogue argumentatif ?)
a) Le dialogue n'en est pas un
Situation semble être inversée mais ne l'est pas en réalité. Sg semble mener les débats : pose les questions, tirade. Mais en réalité DJ reste maître du débat et de son valet. Car DJ ne joue pas le jeu : dans les exercices rhétoriques traditionnels, il y a toujours un contradicteur désigné ; or DJ laisse au contraire Sg s'enliser, sachant très bien quelle sera l'issue de son beau discours. Il refuse le dialogue, répond aux questions par des dérobades. Attention au sens de "si vous voulez" qui équivaut à "je vous en prie".
b) Sg dévalorise son argumentation
Certains arguments qu'il donne ne sont pas ridicules en soi : l'existence d'un univers complexe plaide pour l'existence d'un Dieu démiurge créateur du monde en sept jours (oppositions avec"tout seul" et "en une nuit"). DJ n'a pas réfuté par avance cet argument : l'agressivité sans raison de Sg fait donc sourire. L'exemple de la « machine humaine » prouve, selon lui, que l'homme n'est pas né ex nihilo (à partir de rien), pas plus que l'ensemble de l'univers.
Mais Sganarelle ne les met pas en valeur :
Par ses arguments très imagés et enfantins et par ses comparaisons triviales, révélateurs de la naïveté du personnage. Sg suppose que la force de son argumentation proviendra de l'abondance de son énumération ; il ne choisit pas ses exemples : il les trouve à l'endroit même où se situent les deux personnages et dans sa propre personne : Sg est un homme concret qui raisonne sur ce qu'il voit : cf les nombreux démonstratifs et repères spatiaux pour désigner le monde réel qui les entoure. Par exemple, l'image du champignon coïncide avec le cadre (la forêt) ou l'allusion à l'acte sexuel (« votre père a engrossé votre mère ») ;
Par son vocabulaire approximatif : "la machine de l'homme" au lieu de l'organisme, "ingrédients" au lieu d'"organes" (il est déguisé en médecin!)
Par son incapacité à parler longtemps "si on ne l'interrompt" : il s'embrouille dans son discours,son raisonnement n'aboutit à rien ! Après une première suspension et une nouvelle énumération, c'est l'arrêt définitif de son flot de paroles
Par son énervement progressif : il est à court d'argument devant l'impassibilité de son maître.
On peut comparer cette scène à I,2, dans laquelle DJ interrompait Sg, ce qui renforçait l'assurance de ce dernier. Ici, puisqu'il s'agit de principes théologiques (= liés à Dieu), une argumentation toute en finesse serait nécessaire : DJ sait que Sg en est incapable.
c) DJ athée ?
Les dérobades de DJ laissent percer quand même un peu sa vision du monde. Il croit en les sciences (« je crois que 2 et 2 sont 4 »). Vision rationnelle, matérialiste, au moins agnostique (estime qu'on ne peut pas se prononcer sur l'existence de Dieu ou d'une vie après la mort).
Gradation dans ses réactions : dérobades, légèreté (« Laissons cela », « Eh ! ») puis ironie (« oui oui ») quand Sg l'interroge sur le diable ou l'enfer. A mettre en relation avec la fin de la pièce et le destin de DJ. Il sombre en enfer. Viennent les rires (provocation, défi : « ah ah ah ») quand on lui parle de l'autre vie. Et enfin il apparaît agacé, excédé : « la peste soit du fat ! »
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