Présentation - extrait de La controverse de Valladolid
La controverse n’a pas vraiment existé : pas sous forme de procès ; pas de face-à-face, mais plutôt échanges indirects, à la demande de Charles Quint, en 1550.
Voir le préambule de JC Carrière intitulé « Note » : « La vérité que je cherche dans le récit n’est pas historique mais dramatique »
Mais il insiste sur le fait que les arguments utilisés, ainsi que les « considérations théologiques, raciales et culturelles » sont exactes.
De même les 2 principaux protagonistes ont existé (mais pas le légat)
LAS CASAS (1474 – 1566) : défenseur des Indiens célèbre à son époque ; ne laisse personne indifférent. Son œuvre maîtresse, L’Histoire des Indes n’a été traduite dans son intégralité qu’en 2002.
Son père s’était embarqué ds la 2ème expédition de Colomb en 1493 ; lui-même part pour la 1ère fois à 28 ans (en 1502). Au départ, ne fait pas preuve d’une grande conscience humanitaire, puis se convertit à la défense des Indiens (en 1514) et dénonce le système des encomienda (riches propriétés acquises par les Conquistadors grâce au Roi d’Espagne). Présente sa Très Brève Relation de la destruction des Indes au Conseil des Indes en 1540.
Ne retournera plus en Inde après 1547. En 1549-1550, mène campagne contre les thèses de Sépulvéda.
Entame en 1552 une gigantesque somme, L’Histoire des Indes ; ses manuscrits ne seront édités pour la 1ère fois qu’en 1909.
SÉPULVÉDA (1490 – 1573) : né à Cordoue. Séjourne en Italie entre 1515 et 1536 ; études à Bologne. Dogmatique et conservateur : attaques virulentes contre Luther et ses partisans. Admire Oviedo, auteur de L’Histoire générale des Indes, qui y affiche son orgueil nationaliste et son profond mépris pour les Indiens barbares.
Travaille à une traduction d’Aristote, à la cour pontificale, de 1523 à 1529. En 1529, nommé historiographe de l’empereur Charles Quint.
En 1541, justifie l’impérialisme dans son Traité sur les justes causes de la guerre contre les Indiens et va jusqu’à inciter Charles Quint à lancer une croisade contre les Turcs. En se réclamant d’Aristote, fait l’apologie de l’inégalité des êtres humains.
L’imprimatur lui est effectivment refusé pour le Democrates alter (mais par le Conseil de Castille) ; son livre ne paraîtra qu’en 1892.
-- LECTURE ANALYTIQUE - extrait de La controverse de Valladolid
I/ Au cœur du débat
- dialogue : nombreux tirets ; vbs de parole (ll 3, 6, 10, etc …) ; qqs passages narratifs (ll 4-5 ; 26-27 ; 32 è pour préciser certaines attitudes (« saisit le 1er feuillet » (4-5) ) ou pensées ( « Tout cela ne le surprend pas » (32) )
- 3 personnages en présence : Sépulvéda (l 4) ; le prélat, légat du Pape (l. 3) et Las Casas (l. 10)
- Sépulvéda, philosophe (fait réf à Aristote ; l. 2), annonce la thèse qu’il va développer : l. 1 ; Las Casas la réfute (ll 10 sqq) ; le légat arbitre (ll 49-50), mais intervient aussi pour recentrer le débat (ll 23-25).
- Si chacun est censé prendre la parole tout à tour, l’échange est plutôt vif : bcp de « ! » ou de « ? » dans les répliques de Las Casas è émotion présente. (plutôt persuasif).
- Le discours de Sépulvéda est plus méthodique, organisé, énoncé froidement : « il a préparé tout un dossier » (4) ; « commence une lecture à voix plate » (26) è cherche plutôt à convaincre = laisse croire que ce qu’il dit relève d’une Vérité « indiscutable » (26-27)
II / Un dialogue éristique
- C’est Sépulvéda qui semble mener le débat : le 1er a énoncé sa thèse ; la dvp – Las Casas la réfute point par point è 2 avis totalement opposés qui, ici, se répondent « du tac au tac ».
- 1er argt de Sépulvéda : Inidiens copieurs è serviles. Las Casas répond par un contre-argument (faux prétexte d’envahisseurs), un exemple (César et la Gaule) [= déductif] et conclut par une analogie (« nous faisons de même » (15) )
- Sépulvéda en vient à énumérer tt ce qui est, selon lui, caractéristique des êtres inférieurs (ll 28-31 puis 33-36) : ignorent la technologie (28), travaillent et mangent comme des animaux (28-29), ont mauvais goût et sont hérétiques (30-31) ; innocents (33), polygames (33-35) ; manquent de bravoure (35) et ignorent la valeur de l’argent et de l’or (35-36) è causes certaines de stupidité, selon Sépulvéda (dossier à charge)
- Las Casas répond point par point : contre-arguments : inverse l’argt concernant le mépris de l’or (37-38), en fait autant pour la nourriture (40-41) , vante leur agriculture (45-46), explique pq ils n’utilisent pas d’animaux domestiques (46-47) et remet en cause la notion de goût (« grossier ») (48)
et contre-exemples (ex : « œufs de fourmi et tripes d’oiseau » (42) vs « tripes de porc et escargots » (43)
III / Une remise en cause de l’ethnocentrisme
- passage important : « attentif à cette argumentation nouvelle » (17) : ll. 19-20 (è rappelle le texte de Montaigne : la controverse lui est contemporaine …) + « ensorcelés » (19) = terme fort (pour un prélat)
- Las Casas remet +sieurs fois en cause l’ethnocentrisme (visée critique) à l’aide de questions : l. 38 ; l. 41 ; l. 48.
- Laisse même entendre que Sépulvéda peut lui aussi être ignorant sur certains points, et s’en amuse : « ne vous a-t-on pas appris » (45) ; « ignorez-vous que … » (47) è l’ignorance n’est pas d’un seul côté ; les valeurs ne sont pas les mêmes pour tous.
Paradoxe : dans ce débat, l’homme d’église se fait moins dogmatique que le philosophe. Il ne cherche pas à imposer sa Vérité, et ne fait pas de ses valeurs des lois universelles.
|
è Un débat d’idées propice à la délibération
I/ Au cœur du débat
II / Un dialogue éristique
III / Une remise en cause de l’ethnocentrisme
|
Derniers Commentaires