Mercredi 15 février 2012 3 15 /02 /Fév /2012 18:18

Corrigé Question de corpus : la condition féminine au XVIII ème siècle

 

 

Si Molière s’était déjà intéressé au sort réservé aux femmes dans la société d’Ancien Régime, les auteurs du Siècle des Lumières sont allés bien plus loin que lui, utilisant pour ce faire des genres littéraires et des stratégies argumentatives divers.

Ainsi, Madame du Châtelet, dans son  Discours sur le bonheur  promeut l’émancipation féminine par le biais de l’éducation, affirmant que « l’amour de l’étude est bien moins nécessaire au bonheur des hommes qu’à celui des femmes » (p 352 , ll 23-25), tandis que Voltaire choisit la forme du pamphlet et dessine le portrait piquant d’une femme de qualité qui refuse la soumission évangélique (p 354). Laclos, quant à lui, dresse une histoire de l’humanité et de l’asservissement, dans le droit fil de son maître à penser, Rousseau ; il « examine les lois et les usages promulgués et établis à l’égard des femmes » (p 358, ll 1-2). Olympe de Gouges va encore plus loin, passant de la dénonciation à la revendication dans sa célèbre Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, dans laquelle elle va jusqu’à avancer que « l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de la femme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements » (pp 362-363 ; ll 24-28).

Tandis qu’Olympe de Gouges cherche tout autant à convaincre qu’à persuader, construisant un argumentaire pour contester le pouvoir des hommes, qu’elle n’hésite pas à apostropher à travers une vigoureuse harangue (« Homme, es-tu capable d’être juste ? » commence-t-elle par demander, dans son avant-propos, ligne 1), Voltaire emploie une autre stratégie : il divertit le lecteur à travers la caricature plaisante d’une Maréchale fraîchement convertie à la culture, et qui n’hésite pas à contester saint Paul en des termes assez crus, et pour le moins inattendus : « Si j’avais été la femme d’un pareil homme, je lui aurais fait voir du pays. » (ll 20-21) ; tout en prêtant à sourire, son bon sens et son indignation n’en sont pas moins justes, notamment lorsqu’elle fait remarquer que « en nous rendant nécessaires les uns aux autres [la nature] n’a pas prétendu que l’union formât un esclavage. » (ll 34-35). Si, comme il est coutumier du procédé, Voltaire fait parler un personnage fictif à sa place, Madame du Châtelet (qui a d’ailleurs été, un temps, la compagne de celui-ci), a bel et bien existé ; et elle cherche à nous convaincre par des termes plus mesurés, tout en déplorant qu’ « il ne reste [à la femme] que l’étude pour la consoler de toutes les exclusions et de toutes les dépendances auxquelles elle se trouve condamnée par état. » (ll 38-41). Enfin, Laclos privilégie le raisonnement à base d’hypothèses : les hommes, écrit-il « s’occupèrent donc à les [= les femmes] contraindre, ou à les persuader, de s’unir à eux. Soit force, soit persuasion, la première qui céda, forgea les chaînes de tout son sexe. » (ll 8-10)

Ainsi, comme on le voit dans ces quatre textes, le rapport homme-femme n’est pas si éloigné de la relation qui s’établit entre un maître et son esclave, à la même époque. D’ailleurs, l’esclavage est aussi un travers social dénoncé au Siècle des Lumières. Mais s’il aura fallu attendre 1848 (et Victor Shoelcher) pour que l’esclavage soit aboli, il aura finalement fallu plus de temps encore pour que l’on en vienne à évoquer une possible parité entre hommes et femmes. Et combien de temps faudra-t-il encore attendre avant de pouvoir parler d’égalité, puis de ne plus avoir besoin d’en parler, car elle aura réellement pris effet ?  

Par 1ère L - Publié dans : LA Argumentation
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Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 16:58

 

DomJuandeMolière :LectureAnalytique1

ActeIII Scène1

 

 

 Dialogue entre le valet et son maître mais où la situation est inversée : Sg cherche à savoir si DJ croit en Dieu

 

I/Un valet ridicule (en quoi ce passage apparaît-il comique ?)

 

II/L'argumentation (Peut-on parler d'un dialogue argumentatif ?)

 

 

  I/Un valet ridicule (en quoi ce passage apparaît-il comique ?)

 

 

a) Parce qu'il se prend au sérieux

Importance de la mise en scène : Sg se sent fort parce qu'il est habillé en médecin + liberté de parole permise par la relation maître/valet particulière entre les 2 hommes.

Il profite d'un temps mort. Sujet grave et important qui n'est a priori pas comique : savoir si DJ croit en Dieu. Sg veut le convaincre de l'existence de celui-ci.

Grandiloquence dans le discours, il s'écoute parler et se prend pour qqn d'important : oppositions lexicales entre l'abondance de négations (« point, personne, jamais » + valeur négative de "petit") et les termes mélioratifs (« mieux, tous, vois, comprends ») ; nombreuses énumérations ; hyperboles ; « grands mots » : il joue au savant.

Tellement sûr de lui qu'il se lance dans une longue tirade argumentative.

 

b) alors que son discours est assez creux : incapable de construire une parole cohérente

Sa tirade argumentative n'en est qu'une parodie : elle n'aboutit à rien, ne mène nulle part. Il s'enlise.

Les exemples choisis sont ridicules et enfantins : « champignons », acte sexuel...

Les arguments et le raisonnement sont douteux: Il fait en quelque sorte l'éloge de l'ignorance. Il défend une sagesse innée (le « bon sens »), + authentique pour lui que la science (« l'arithmétique ») car celle-ci peut aveugler : paradoxe puisqu'elle est censée éclairer le monde, aider à le comprendre !

Sa vision de la foi s'apparente plus à la superstition qu'à la religion : il évoque « le moine bourru » grâce à un présent de vérité générale + superlatif associé à l'idée de vérité (« il n'y a rien de plus vrai que le moine bourru »). Les adversaires de molière ont bien vu la malice de Molière ici : la foi est défendue par un valet ignorant, ridicule et superstitieux

 

c) parce que sa gesticulation est grotesque : mise en scène

Le jeu de scène peut montrer l'énervement progressif d'un Sg à court d'argument devant l'impassibilité de son maître.

Ce personnage a l'apparence (déguisement demédecin) et fait illusion un peu au début mais se discrédite rapidement (l'habit ne fait pas le moine). Mise en abyme, théâtre dans le théâtre.

Opposition entre la diction pompeuse, les « gds mots », l'habit de médecin et l'argumentation incohérente provoque le rire : registre comique. Opposition aussi avec la longue tirade parfaitement maîtrisée de DJ I, 2 : Sg tente d'imiter son maître mais n'y parvient pas.

Chute finale : matérialisation scènique d'un discours qui tourne en rond, hésitations. La chute de l'orateur illustre physiquement celle de la tirade.

 

 

 

  II/L'argumentation (Peut-on parler d'un dialogue argumentatif ?)

 

a) Le dialogue n'en est pas un

Situation semble être inversée mais ne l'est pas en réalité. Sg semble mener les débats : pose les questions, tirade. Mais en réalité DJ reste maître du débat et de son valet. Car DJ ne joue pas le jeu : dans les exercices rhétoriques traditionnels, il y a toujours un contradicteur désigné ; or DJ laisse au contraire Sg s'enliser, sachant très bien quelle sera l'issue de son beau discours. Il refuse le dialogue, répond aux questions par des dérobades. Attention au sens de "si vous voulez" qui équivaut à "je vous en prie".

b) Sg dévalorise son argumentation  

Certains arguments qu'il donne ne sont pas ridicules en soi : l'existence d'un univers complexe plaide pour l'existence d'un Dieu démiurge créateur du monde en sept jours (oppositions avec"tout seul" et "en une nuit"). DJ n'a pas réfuté par avance cet argument : l'agressivité sans raison de Sg fait donc sourire. L'exemple de la « machine humaine » prouve, selon lui, que l'homme n'est pas né ex nihilo (à partir de rien), pas plus que l'ensemble de l'univers.

Mais Sganarelle ne les met pas en valeur :

Par ses arguments très imagés et enfantins et par ses comparaisons triviales, révélateurs de la naïveté du personnage. Sg suppose que la force de son argumentation proviendra de l'abondance de son énumération ; il ne choisit pas ses exemples : il les trouve à l'endroit même où se situent les deux personnages et dans sa propre personne : Sg est un homme concret qui raisonne sur ce qu'il voit : cf les nombreux démonstratifs et repères spatiaux pour désigner le monde réel qui les entoure. Par exemple, l'image du champignon coïncide avec le cadre (la forêt) ou l'allusion à l'acte sexuel (« votre père a engrossé votre mère ») ;

Par son vocabulaire approximatif : "la machine de l'homme" au lieu de l'organisme, "ingrédients" au lieu d'"organes" (il est déguisé en médecin!)

Par son incapacité à parler longtemps "si on ne l'interrompt" : il s'embrouille dans son discours,son raisonnement n'aboutit à rien ! Après une première suspension et une nouvelle énumération, c'est l'arrêt définitif de son flot de paroles

Par son énervement progressif : il est à court d'argument devant l'impassibilité de son maître.

On peut comparer cette scène à I,2, dans laquelle DJ interrompait Sg, ce qui renforçait l'assurance de ce dernier. Ici, puisqu'il s'agit de principes théologiques (= liés à Dieu), une argumentation toute en finesse serait nécessaire : DJ sait que Sg en est incapable.

 

c) DJ athée ?

Les dérobades de DJ laissent percer quand même un peu sa vision du monde. Il croit en les sciences (« je crois que 2 et 2 sont 4 »). Vision rationnelle, matérialiste, au moins agnostique (estime qu'on ne peut pas se prononcer sur l'existence de Dieu ou d'une vie après la mort).

Gradation dans ses réactions : dérobades, légèreté (« Laissons cela », « Eh ! ») puis ironie (« oui oui ») quand Sg l'interroge sur le diable ou l'enfer. A mettre en relation avec la fin de la pièce et le destin de DJ. Il sombre en enfer. Viennent les rires (provocation, défi : « ah ah ah ») quand on lui parle de l'autre vie. Et enfin il apparaît agacé, excédé : « la peste soit du fat ! »

Par 1ère L - Publié dans : Dom Juan
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Mardi 31 janvier 2012 2 31 /01 /Jan /2012 19:58

 

Dom Juan de Molière : Lecture Analytique 2

Acte II Scène 2

 

Leséducteur à lœuvre

 

I / Dans la tradition de la pastorale (topos littéraire)

 

II / Don Juan en action

 

III / Les aspects comiques de la scène

 

 

I / Dans la tradition de la pastorale (topos littéraire)

 

  1. Une relation inégale : maître / servante ; fourbe / dupe

- Pastorale : genre litt depuis l’Antiquité (ds un cadre idyllique, amours candides et sereines entre bergers et bergères, mais aussi cour assidue d’un noble pour une bergère, avec, parfois de savoureux retournements de situation : la bergère, plus rusée qu’on ne le croie au départ, retourne la situation à son avantage ; cf Jeude Robin et Marion d’Adam de la Halle, au Moyen Âge ; Arlequin polipar lamour de Marivaux, ou le Jeu de lAmouret du Hasard)

« lieuxchampêtres »,« arbres », « rochers »(165-166)

 

- relation prédateur / proie ; « Ilne fautpas quece cœurméchappe »(150-151)(métonymie parle comme un chasseur en recherche de trophée) ces « dispositions » concernent Mathurine ; ms dès qu’est annoncée par DJ l’arrivée « duneautrepaysanne », on comprend que Charlotte l’a déjà remplacée.

- Charlotte servante : « Monsieur » à ttes ses répliques + « pourvousservir »(173) ,« Jevous suisbienobligée »(189) fait certainement des efforts pour bien parler.

 

  1. Le JEU (très codé) de la séduction

- Jeu = genre dramatique bref ; cf Sg : « Autrepiècenouvelle »(163)

 

- repose sur la flatterie (cf « Le Corbeau et le Renard ») : « bellepersonne »(174) ;« yeuxpénétrants »(175),l’hyperbole : « lesplus bellesdu monde »(198-199)et autres exagérations : desdents« amoureuses »(183), le mensonge : « cestdu fonddu cœurque jevousparle »(188) et la mauvaise foi : « Cetamour estbien promptsansdoute ;mais quoi !cestun effet,Charlotte,de votregrandebeauté, etlonvous aimeen unquartdheure ()»(215-218)

 

- DJ commence par détailler les beautés de Charlotte qu’il déclare remarquables (ll 174-199), la traite comme une dame en lui baisant les mains (l 200), s’inquiète de savoir si elle est mariée (ll 203-206), s’indigne aussitôt d’une mésalliance possible (207-209), déclare son amour (209-233) et la demande en mariage (233-237). Termine en certifiant sur l’honneur sa sincérité totale (240-249)

 

  1. Charlotte minaude plus qu’elle ne résiste réellement

- au début, passive et sur la défensive : répliques courtes (166 à 205). À partir de la l 220, ses réticences tombent et son enthousiasme croît. « je nesais sivous ditesvrai, ounon ;mais vousfaites quelonvouscroit »(250-251)

 Charlotte se méfie-t-elle vraiment (220-223) ou joue-t-elle les coquettes ? En tout cas, elle cède vite (+ vite que face à son « Piarrot » dans la scène précédente …)

 

II / Don Juan en action

 

  1. DJ séducteur

 

  1. DJ comédien

Sg : « Autrepiècenouvelle »(163)

 

  1. Mais DJ (un peu) méprisant

 

- ll 179-184 : taille-tête-visage-yeux-dents ( ???)-lèvres appétissantes l’examine comme s’il s’agissait d’un cheval.

- « Haussezun peula tête,de grâce. »(180) ; « Ouvrezvos yeuxentièrement »(181) pourrait signifier que Charlotte a la tête basse (par soumission ?) et la paupière tombante (= pas si belle que ça)

- « Sganarelle,regarde unpeu sesmains »(195) : prend son valet à témoin ; se moque ? (elles sont noires, d’après Charlotte !...)

 

III /Une scèneforcément comique ?

 

  1. La situation : Don Juan / Charlotte

 

- la scène 1 de l’acte II permet de mettre en évidence que Charlotte est plus proche d’un « Piarrot » que d’un noble espagnol.

- Qu’un noble s’abaisse à séduire une paysanne, lui baise les mains (sales), lui promette le mariage peut passer pour ridicule le besoin de séduct° de DJ devient quasi pathologique.

- mes : on peut imaginer une Charlotte tout sauf belle

 

  1. Les réactions de Charlotte ( une possible interprétation pathétique ?...)

- naïveté

- (fausse ?) modestie : sans bien que DJ exagère, mais voudrait tout de même y croire = jusqu’à quel point se prend-elle au jeu ?

- ll 227-229 : annonce préférer la mort plutôt que le déshonneur un peu décalé, dans la bouche d’une paysanne ( comique, pour les spectateurs du temps de Molière : à force d’avoir été prise pour une dame par DJ, elle finit par y croire ; cf scène suivante (ll 304-306)

 

  1. Du comique à l’ironie

- répliques de Sg au 2nd degré (les spectateurs et DJ le comprennent ; ms pas Charlotte)

Par 1ère L - Publié dans : Dom Juan
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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 19:54

 

 

 

Dom Juan de Molière : Lecture Analytique n° 1

Acte I Scène 2


Apparition d’un personnage haut en couleur, qui expose ses principales idées à travers un éloge paradoxal

 

   I / Une scène d’exposition

  II / Un héros baroque ? (éloge de l’inconstance)

 III / Une scène baroque (de l’inconstance des registres employés)

 

 

   I / Une scène d’exposition

( C’est surtout le personnage éponyme lui-même qui est « exposé » dans le passage qui nous intéresse. Mais rien n’interdit d’élargir notre perspective d’étude aux scènes 2 et 1, afin de mieux aborder la tirade de DJ : qu’est-ce qui la justifie ? Dans quel contexte est-elle produite ?)

 

- 1) Ce que la scène 2 (et la scène 1) nous révèle(nt) du lieu, du temps, de l’intrigue

 

* TEMPS :scène 1 : (« Reprenons un peu notre discours » (p 25 ; l 13) = suppose que la discussion a commencé avant le début de la pièce) ; DJ a fui Dona Elvire après leur mariage, et celle-ci le recherche (ll 14-17 + l 38)

+ scène 2 : « ce Commandeur que vous tuâtes il y a six mois » (l 220 ; p 35)

 

*LIEU« Sicile » (didascalie avant pièce ; p 24) ; sc 2 : « en cette ville » (l 19 p 26 et l 218 ; p 35)

+ DJ instable, toujours en mouvement : Sg je « connais votre cœur pour le plus grand coureur du monde (…) et n’aime guère à demeurer en place. » (ll 110-112) ; DJ « La beauté me ravit partoutoù je la trouve » (l 135 ; p 31) ; « je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes » (l 163) laisse entrevoir l’absence d’unité de lieu (= contraire à la règle du th classique) : DJ n’arrête pas de bouger ; les lieux vont changer à chaque acte (intérieur ./ extérieur ; plage, forêt, etc)

 

* INTRIGUE : 1) scène 1 : DJ a fui Dona Elvire (ll14-17), malgré leur mariage (l 38) ; mais il n’en est pas à son 1er mariage (ll 65-67 ; ll 180-181)

2) scène 2 : « un autre objet a chassé Elvire de ma pensée » (l 108) + expose la situation (après le passage qui nous intéresse) ll 229-245 : s’est entiché d’une jeune fiancée qu’il veut enlever sur mer, au moyen d’une barque.

 

- 2) La relation maître et valet

 

- Sg aime imiter son maître (sc 1 éloge paradoxal : le tabac)

- se plaint auprès de son ami Gusman (1er degré ou non ?...) : « la crainte en moi fait l’office du zèle, bride mes sentiments et me réduit d’applaudir » (ll 79-80) se vérifiera ds la sc 2 : cf ll 203 et 208 Sg feint de parler à « un autre » maître, par peur de DJ.

- C’est DJ qui mène le dialogue : Sg ne peut parler librement que sur autorisation (ll 120-121) ; ms 1 phrase de reproche lui vaut une tirade (ll 122-124 vs ll 125-164) ; un 2nd reproche lui vaut une fin de non recevoir : « Maître sot » (l 192) + « je n’aime pas les faiseurs de remontrances » (l 193). ; DJ lui coupe parfois la parole (ll 186-187)

- Sg ne peut poursuivre la conversat° « libre » que par un moyen détourné.

la liberté d’expression que lui accorde DJ est relative ; ce dernier aime ê admirer par son valet et le provoquer Sg fonctionne comme un miroir de DJ (+ qu’un dbl)

- 3) L’apparition d’un personnage attendu représentation

 

- annoncé dès le titre et présenté (de façon subjective) dans la scène précédente

enjeu de la scène + point de vue du spectateur (costume, ton et façon d’être du personnage)

 

« Un grand seigneur méchant homme »(Sg, l 77, p 28)

- Cf photos : p 30 : mes Bennon Besson (Créteil 1987) : Carlo Brandt – Philippe Avron Sg en livrée, collerette, tête rentrée dans les épaules, air benêt (commedia dell arte) - DJ : costume typique des petits marquis précieux et ridicules, surchargé jsq caricature + geste maniéré + couleurs vives (rubans rouges + perruque rousse)

 

p 37 : mes Roger Planchon (Odéon 1980) : Philippe Avron – Gérard Desarthe costumes sombres, non datés ; Sg : guenilles ? + besace (vagabond, pauvre) ; DJ : romantique ténébreux

 

p 37 : mes Georges Descrières (Mouffetard 1987) : Galabru – Descrières costumes modernes, blancs, identiques, plutôt mafieux (cf cigares ; 1 chacun)

 

Les déplacements, les gestes et attitudes, le ton, les vêtements, etc indiquent d’emblée les choix du metteur en scène pour représenter le personnage : maniéré, cynique, jeune tête folle (Julie Brochen) ou homme d’expérience (Michel Picolli ds la mes de Marcel Bluwal). Seule certitude (et encore …) : son aspect extérieur doit, lui aussi, être séduisant.

 

II / Un héros baroque ? (éloge de l’inconstance)

 

cf diff Tartuffe : annoncé dès le début, présenté par les autres personnages (pt de vue très divers) mais n’arrive sur scène qu’à l’acte III)

 

- 1) Du portrait à l’autoportrait texte théâtral

ce que la tirade de DJ nous apprend de lui ( à comparer avec ce que Sg en a dit dans la scène 1)

 

- portrait de DJ (en son absence) par Sg : « ébauche du personnage » (l 72) : « le + gd scélérat que la terre ait jamais porté » (ll 57-58) ; « ne croit ni Ciel, ni enfer » (l 59) ; « pourceau d’Épicure » (l 60) ; « ferme l’oreille à toutes les remontrances qu’on lui peut faire » (ll 61-62) ; « épouseur à toutes mains » (l 67) ; « gd seigneur méchant homme » (l 77)

« il faut que le courroux du Ciel l’accable quelque jour » (l 74) Sg prophétise.

 

- la tirade de DJ (sc 2) fonctionne comme un auto-portrait (le « je » n’y apparaît pas tout de suite ; commence par « on » + général démarche déductive : commence par la thèse (« la constance n’est bonne que pour les ridicules » (l 131) puis l’applique à son propre exemple : « Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve » (ll 134-135).

DJ déjà (et d’emblée) libertin « à la mode du XVIIIe s » : séducteur sans morale : « tout le plaisir de l’amour est dans le changement » (ll 144-145) ; « rien de si doux que de triompher de la résistance d’une belle personne » (157-158) ; jouisseur (« l’impétuosité de mes désirs » (161) épicurien et conquérant (l 159 ; réf à Alexandre (l 162)

 

- 2) Une tirade d’une séduisante virtuosité

cf début de La Place Royale de Corneille : éloge de l’inconstance, mais par une femme (Philis ; vs Angélique, adepte de la fidélité (qui en sera mal récompensée)

 

- disc brillant qui reprend plusieurs thèmes de l’est baroque : le mouvement, la variété, le langage de l’amour et l’amour du langage (amplification ; exubérance), la liberté (face aux règles ; jusque dans les mœurs), une énergie jubilatoire et communicative.

- éloge paradoxal à la fois séduisant et convaincant : éloge inattendu, contraire à l’opinion courante (= fidélité en amour) ; ex : « l’amour que j’ai pour une belle n’engage point mon âme à faire injustice aux autres » (137-138) à l’en croire, c’est l’infidélité qui serait nuisible à l’âme !...

- utilise plusieurs procédés oratoires :

rythme ternaire (ll 125 à 128 ; 128 à 130)

opposition de l’un et du multiple (ll 133 et 136 à 142)

métaphore filée de la conquête : qqs exs : « combattre » (147), « rendre les armes » (149), « vaincre » (150), « conquête » (156), « conquérants » (159), « de victoire en victoire » (159-160) ; « Alexandre » (162), etc

oxymore : « douce violence » (136)

métonymie (récurrente) beauté / cœur : 132, 135 et 146

emphase de la comparaison avec Alexandre + expansion rythmique de la phrase (160-164)

amplification rythmique + longueur de la phrase ll 145-152

+ rupture avec la phrase suivante introduite par le « Mais » (ll 152-157)

 

Tour de force virtuose + proche de la mise en abyme (fréquente dans le baroque) : en même temps qu’il parle de séduction, DJ cherche à séduire par son discours cf réactions de Sg (l 165 ; ll 166-167 ; ll 169-174) ; il manipule son auditoire (Sg, les femmes, les spectateurs penser à la double énonciation)

 

- 3) Ambiguïté du personnage : fascinant = attirant ou repoussant (ou les 2 ?)

- Annoncé comme un monstre cynique et cruel

- Avant tout séduisant, désinvolte et léger, brillant et d’un enthousiasme communicatif. Tourbillon de vie qui emporte tout sur son passage, bravant à la fois le Ciel (lois religieuses / morales), les règles de l’ordre établi (lois sociales) et la Mort (lois naturelles)

- mais inverse sciemment les valeurs morales : décrit négativement l’idéal de l’amour courtois (fidélité, constance) (ll 136-143) ; cherche à vaincre « doucement » (151) « l’innocente pudeur d’une âme» (148), mais, après avoir vaincu, abandonne à son sort l’objet (126) de son plaisir éphémère ( cf scène suivante avec Dona Elvire) : il y a quelque chose de cruel derrière l’apparente douceur …

 

 

III / Une scène baroque (de l’inconstance des registres employés)

 

  1. Entre le comique et le tragique

 

- comique : Sg (sa peur, ses pitreries supposées dans le jeu ; le contraste entre ce qu’il dit en sc 1 et comment il agit en sc 2) ; la relation maître / valet ; l’enthousiasme débordant de DJ,au cœur léger (pour qui tout n’est qu’un jeu : se déguise à travers ses mots séducteurs)

 

- tragique : la prophétie de Sg (l. 191 + ll 211-213) ; les références au « Ciel » ; le fait que DJ soit noble et utilise un niveau de langue soutenu (= pers rencontré + svt ds les tragédies)

 

  1. Un moraliste maladroit (et comique)

 

Sg n’ose pas trop parler, ou ne sait que dire, ou se fait couper la parole par DJ. Pour finir, il doit faire semblant de parler à un autre maître que le sien ( situation plaisante ; comique de situation)

 

  1. L’immoralisme triomphant ?

 

Le discours de DJ est plus efficace (+ charmant ; mieux construit) que celui de son valet. Il inverse à loisir les valeurs morales traditionnelles. Il se joue de tous, de tout, même du Ciel. Se délecte autant des femmes que des mots. Et se présente en vainqueur sûr de lui et de son pouvoir ensorcelant.

Par 1ère L - Publié dans : Dom Juan
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Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 12:21

 

--  LECTURE  ANALYTIQUE  - extrait du Supplément au Voyage de Bougainville

 

 

I/ Un orateur brillant, pour un discours virulent

 

- Harangue = discours virulent, prononcé avec force (voix haute)

- Apostrophe Bougainville : « Et toi » (l 1) Lui donne des ordres (è Impératif) : « écarte promptement » (ll 1-2) ; va jusqu’à l’insulter : « chefs des brigands » (l 1)  

è représentant des Polynésiens (figure de vieux sage) (« Nous », « nos ») vs  représentant des Européens (« Tu »)

- Moins un dialogue qu’une longue tirade (le vieillard parle seul = Bg pas droit à la réplique) sur 2 §§

- se veut persuasif : Bcp de « ? » (è q° rht) accompagné de qqs « !! » : discours porté par l’émotion (= colère)

- Discours simple (vocab ; syntaxe è faussement naïf), mais  très bien construit, témoigne de la parfaite maîtrise de l’art oratoire (à l’européenne è étonnant de la part d’un Polynésien !...)

 

II / L’éloge du bon sauvage

 

On retrouve ttes les caractéristiques du bon sauvage

« Nous sommes innocents, nous sommes heureux » (l 2) ( //isme + parataxe = juxtaposition, pas de coordination)

- « nous  suivons le pur instinct de la nature » (l 3) è naïveté originelle ; proximité avec nature

- « tout est à tous » (4) ; « filles et femmes (…) communes » (5) è solidarité, générosité ; partage

- « nous sommes libres » (9)

- « mœurs (…) plus sages et plus honnêtes que les tiennes » (25)

- oppose l’ignorance (25) à celle d’ « inutiles lumières » (26), l’idée de stricte nécessité aux « besoins superflus » (27-28)

+ travail économe (repos préférable) (34-35) è paradisiaque

- sagesse : « Nous avons respecté notre image en toi » (24) ; sens de la fraternité (l 20)

 

è Idéalisation ; relève de l’utopie. La présence et les mœurs des Européens viennent corrompre / contaminer tout cela.

 

III / Une critique en règle des Européens

 

- « chef des brigands » (1) è « le vol de toute une contrée ! » (17) (è fort contraste avec le vol d’ « une des méprisables bagatelles » (15-16) è raisonnement par analogie è introduit par une habile hypothèse : « Si un Tahitien débarquait un jour sur vos côtes (…) » (13-15) )

 

- nuisible et corrupteur : ll 2-9 chq proposition vantant l’un des mérites du bon sauvage (cf II) est accompagné d’une action dégradante commise par les Européens è « tu ne peux que nuire à notre bonheur » (3) (= idée générale) + ll 3-4 , 4-5 , 5-8 è + dvpé : succession de csq néfastes) ; l 9.

 

- « quel droit as-tu sur lui ? » (21) è juste le droit du plus fort (15) = négatif. « brute » (20)

+ « inutiles lumières » (26), « besoins factices » (36), « vertus chimériques » (36)

- va jusqu’à se faire menaçant : « défendre sa liberté et mourir » (19) ; impérieux (impératif) « écarte promptement » (1-2) , « Va dans ta contrée t’agiter » (35) , « laisse-nous » (35)  

 

 Une harangue contre les Européens

 

I/ Un orateur brillant, pour un discours virulent

 

II / L’éloge du bon sauvage

 

III / Une critique en règle des Européens

 

Par 1ère L - Publié dans : LA Argumentation
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